•  

     

    Lavons l’honneur du Moyen-Age

    Combien de choses a t-on en tête lorsqu’il est question du Moyen-Age ! Peste, invasions barbares, mœurs rétrogrades, obscurantisme… Les péjorations ne manquent pas pour évoquer ces siècles auxquels les historiens, jusqu’à récemment, ne ce sont que très peu intéressés.  Il faudra attendre le travail pharaonique d’un Viollet-Leduc (1814 – 1879) pour redécouvrir le patrimoine architectural de cette époque. Et il faudra attendre encore plus longtemps, avant de réviser un jugement qui persiste encore et toujours, dans l’esprit de nos contemporains.

      

      

      

    Pour reprendre les mots de Georges Duby (1919 – 1996), spécialiste de cette époque, le terme même de « Moyen-Age » a quelque chose péjoratif. Moyen, dans un premier sens, renvoie à l’aspect médian, intermédiaire de cette période, précédé par une Antiquité que la Renaissance suivante fantasmera. Entre les deux, rien. Ou tout comme. Dans une deuxième acceptation, le terme de « moyen » partage la même racine que « médiocre », renforçant le peu d’intérêt supposé que ces longs siècles suscitent. Pourtant le philologue Christophe Cellarius évoquera, dès le XVIIe siècle, le « Grand Age » pour désigner une période s’étalant du Ivème au Xvème siècle. Une désignation sans doute plus prompte à éveiller notre intérêt.

      

      

    Si j’évoque aujourd’hui cette période, ce n’est surtout pas pour démonter un par un les préjugés que nous pouvons en avoir ; un livre n’y suffirait pas. Certes, certaines idées sont loin d’être fausses : les sciences physiques n’ont que très peu progressé durant ces années, dominées par un christianisme au faîte de sa puissance. Néanmoins, il conviendrait là aussi de nuancer ce jugement, tant les évolutions architecturales et artistiques dénotent, si ce n’est un progrès scientifique, tout du moins une formidable avancée de nos connaissances du monde et de notre savoir-faire.

      

      

     

     

    Une idée communément admise sur le moyen-âge consiste à y voir une période exempte d’hygiène, où la crasse et la fange se répandait jusque dans les plus hautes sphères de la noblesse. L’exposition présentée à Paris, à la tour Jean sans Peur, est là pour rétablir la vérité. Un mot sur cet endroit, à visiter absolument : suite à l’assassinat en 1407 de Louis d’Orléans, frère du roi fou Charles VI et grand rival de Jean sans Peur (duc de Bourgogne), ce dernier fait agrandir, dans Paris, l’hôtel de Bourgogne afin d’asseoir sa puissance. Jouxtant ce qui était la muraille de la ville, cet endroit aussi prestigieux que défensif est très vite flanqué d’une haute tour (entre 1409 et 1411), dernier vestige encore visible aujourd’hui.

     

     

      

    Jean sans Peur, aussi appelé "Schtroumpf Noir"

      

      

    Et qu’y voit-on, en ce moment ? Au-delà de l’exposition permanente, véritable saut dans le temps, on peut accéder jusqu’au 3 avril à une courte exposition (une salle voûtée en sous-sol) bouleversant ce qu’on croyait être l’hygiène du Moyen-Age. Certes, l’espace public posait un véritable problème (chacun y déversait ses déchets, du boucher au barbier qui était à l’époque habilité à pratiquer des saignées), mais les monarques qui se sont succédés à partir du XIIème siècle n’ont eu de cesse de remédier à ce souci, pavant les rues, taxant les déchets, imposant que les industries salissant les cours d’eau s’installent en aval des villes, etc…

      

     

      

      

    Le problème restera cependant très présent, comme en témoigne une lettre ouverte au roi, rédigée par les riverains d’un quartier parisien, et exigeant que les carrioles servant à l’évacuation des déchets soient couvertes afin d’éviter au « trop plein » de se déverser dans la rue.

     

     

      

    C’est que le citoyen médiéval tenait soin de sa personne, autant que de son intérieur ! En effet, si l’espace public avait quelque chose du dépotoir, l’espace privé se devait d’être parfaitement entretenu. Balayage, cirage, épandage de fleurs et d’herbes sur le sol pour parfumer l’atmosphère, le foyer du bourgeois (au sens propre : celui qui habite le bourg) est un modèle de coquetterie. Il en va de même en ce qui concerne l’hygiène corporelle : incroyable de voir à quel point hommes et femmes prenaient soin de leurs cheveux ! Shampooings en tout genre (contre la calvitie, contre les poux), longs brossages, avoir de beaux cheveux était un signe de bonne santé. Quant aux bains, nous sommes très loin de l’image du Roi-Soleil : les ablutions sont quasi-quotidiennes ! Le lavage des mains a lieu à chaque repas, avant chaque plat (pratique imposée par l’Eglise), et il est de bon ton d’offrir un bain à son hôte lorsqu’il y en a un. Pour tout dire, le bain est tout simplement habituel, et vivement conseillé par la médecine de l’époque.

      

      

      

    Vous me direz : « cela ne concerne que les nobles et les aristos .» Que nenni, même les foyers les plus pauvres eurent accès à cette hygiène intime. Dans les rivières, certes, mais pas seulement : à Paris, de nombreux établissements de bains proposaient leurs services (il s’agissait aussi de maisons de plaisirs, qu’on appelait déjà bordels), et les ouvriers avaient contractuellement le temps et l’argent pour se rendre, une fois par semaines, aux bains publics afin de se maintenir en bonne santé. Finalement, les thermes romains n’ont pas disparus ! Malgré tout, la fréquentation de ces établissements va, vers, la fin du Xvème siècle, se détériorer, et devenir peu à peu le repère de plusieurs bandes de brigands…

     

     

      

      

    Un dernier mot concernant les latrines. Les divers systèmes de l’époque médiévale y sont clairement exposés, révélant aux visiteurs que certains d’entre eux étaient bien moins spartiates qu’on se l’imagine, se pourvoyant de véritables fosses sceptiques ! La visite de la tour nous permet d’ailleurs de voire le petit coin de Jean sans Peur, brodé de velours pour ne point se geler les miches. Episodiquement, il faut l’admettre, les systèmes les plus vétustes pouvaient céder, et l’exposition nous présente une gravure narrant l’un de ces accidents, fort incommodant il faut bien l’avouer.

    Bref, si vous avez une heure ou deux à tuer, n’hésitez pas à faire un détour par cette expo, sise dans ce qui reste un étonnant vestige de l’ère médiévale à Paris !

      

    Vous trouverez plus d’informations ici.

     

     

     

    la tour Jean sans Peur (2e arrondissement)

     

     

     

     

     

     

     

    sources

     

    http://carrefourdelobelisque.wordpress.com/2011/02/14/lavons-lhonneur-du-moyen-age/

     

     

     

     

     

     

     

     

    Pin It




    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique