• Depuis toujours, le tricot habille l’enfant

     

     

    ▲à g. : Fragment de tricot de coton au point jersey, décor jacquard,
    Égypte période copte, XIe-XIIe siècles,
    Le Coton et la mode, 1000 ans d’aventures, catalogue d’exposition (2000-2001), page 29
    Musée Galliéra, Éditions Skira, Paris (épuisé)
    à dr. : Chaussette enfant, Fustat (Égypte), XIe-XVe siècle
    Textile Museum, Washington sur Dar Anahita's

     

     

    ▲à g. : Tunique d’enfant en laine tricotée, Antinoë (Égypte), entre 331 et 641 (époque copte)
    Musée du Louvre, Paris
    au centre et à dr. : Chemise veste et moufle en laine tricotée pour enfant, XVIe siècle
    Museum of London, Londres
    (Pour en savoir plus, lire les fiches détaillées de chaque objet sur le site du musée)

    Dès qu’on a pu filer et tisser la laine, on l’a aussi tricotée [Lire ici sur Les Petites Mains]. Dans les campagnes où on y a facilement accès, la laine tricotée est une réponse pratique et économique aux besoins vestimentaires des familles. Dans certaines régions, le tricot devient à partir du XVIe siècle une activité de revenu complémentaire pour les familles pauvres. Cette habitude est encouragée par les œuvres de bienfaisance. Même pratiqué de façon non professionnelle, le tricot devient un gage de bonne éducation et de vertu morale pour les femmes et jeunes filles [Lire ici : la représentation de la tricoteuse sur Les Petites Mains].

     

     

     

    ▲à g. : Portrait de bébé, par Mary Beale, vers 1690-1730
    Victoria & Albert Museum, Londres
    à dr. : Chemise veste d’enfant en coton tricoté, XVIIe siècle
    Album : Knitting Items from the Collection, Victoria and Albert Museum, Londres

     

     

    ▲à g. : Bas pour enfant en tricot de soie rebrodé, XVIIIe siècle
    Museum of Fine Arts, Boston
    à dr. : Brassière pour bébé en tricot de coton, XVIIIe siècle
    passée en vente chez Christie, Londres

     

     

    ▲à g. : Ensemble bonnet, brassière et manches amovibles en laine tricotée main pour bébé,
    Angleterre, entre 1800 et 1850
    Album : Knitting Items from the Collection, Victoria & Albert Museum, Londres
    à dr. : Robe pour bébé tricotée en coton, 1851
    Victoria and Albert Museum, Londres
    Ce modèle, réalisé par Sarah Ann Cunliffe, fut primé à la première Exposition Universelle
    de Londres, en 1851 (médaille visible en haut à gauche de la photo).

     

     

    ▲à g. : Petite fille portant des mitaines tricotées, début XIXe siècle
    galerie photo_history sur Flickr
    à dr. : Mitaines en soie tricotée, vers 1860, sur corsetsandcrinolines

    Au XIXe siècle, les travaux d’aiguilles sont enseignés aux filles à l’école. Certains prix décernés aux articles tricotés présentés aux grandes expositions universelles sont réservés aux productions des orphelinats et autres maisons de type hospice. Ils distinguent des pièces d’une grande dextérité, considérées comme des chefs-d’œuvre. Il s’agit souvent de pièces de layette en tricot de laine ou de coton. On combine parfois sur la même pièce les techniques tricot et crochet.

     

    Les productions domestiques utilitaires, dont les modèles de base n’ont sans doute guère changé au fil des siècles, concernent tout particulièrement les petites pièces du vestiaire des bébés et des enfants, faciles et rapides à exécuter. Chaussettes et bas sont fabriqués industriellement sur des métiers, mais on en tricote aussi pour usage personnel dans les familles. Les musées conservent quelques brassières de coton datant du XVIIe et du XVIIIe siècle, mais peu de pièces domestiques modestes, recyclées et portées jusqu’à l’usure.

     

     

     

    ▲à g. : Chaussettes en grosse laine tricotée, XVIIe siècle
    Rijksmuseum , Amsterdam
    à dr. : Moufles en laine pour enfant, à motifs jacquard, rapiécées, XIXe siècle
    Museum of Fine Arts, Boston

    Le tricot de laine tient les enfants au chaud

     

    Quand le moindre refroidissement peut mettre en danger les enfants – la pénicilline n’arrive en Europe qu’en 1945 – les vêtements de laine maintiennent les enfants au chaud. Pourtant, dans son ouvrage de référence sur la mode enfantine, Dictionary of Children’s Clothes – 1700s to Present, Noreen Marshall remarque que l’étude de photographies de groupes d’enfants, par exemple d’écoliers, montre qu’avant 1890, les enfants de condition modeste ne portent guère de vêtements de dessus tricotés, mais le plus souvent des vestes trop grandes ou trop petites, trop usées aussi pour être bien chaudes.

     

    Ainsi, les brassières et chemises de laine plus ou moins finement tricotées des bébés sont intercalées entre des vêtements de coton blanc, faciles à entretenir : celui du dessous protège le vêtement des sécrétions de l’organisme, celui du dessus protège le corps des vêtements de dessus faits dans des textiles moins confortables. Le vêtement tricoté est un vêtement utilitaire qui ne se montre pas. On ne le trouve pas élégant, il n’est pas soumis aux phénomènes de mode. Avant le milieu du XIXe siècle, les travaux de tricot sont plutôt considérés comme une basse besogne, ils sont réservés aux institutions de bienfaisance et d’assistance, aux hôpitaux et aux prisons.

     

     

     

    ▲à g. : Publicité pour « sous vêtements hygiéniques » en lainage à la ouate de tourbe
    du Docteur Rasurel, 1897, sur live auctionneers
    au centre et à dr. : Combinaison pour enfant en tricot mécanique de coton
    dans Dictionary of Children’s Clothes – 1700s to Present, Victoria & Albert Museum, Londres
    On nomme « combinaison » ce vêtement pour enfant : il est en effet littéralement
    la combinaison entre une chemise et une culotte. Celle-ci, datée entre 1900 et 1940, est en tricot ;
    les combinaisons de laine de la fin du XIXe - début XXe ont la même coupe.

     

     

    ▲à g. en ht et en bas : Chemise body pour bébé en fine laine blanche tricotée, vers 1896-1898
    Wisconsin Historical Museum, Madison
    au centre : Publicité pour les « sous vêtements hygiéniques » du Docteur Rasurel,
    par Lenonetto Cappiello, 1906 sur Camard et Associés
    à dr. : Chemise et caleçon en laine tricotée pour enfant
    dans Dictionary of Children’s Clothes – 1700s to Present Victoria & Albert Museum, Londres

     

     

    ▲à g. : Pull fille, finement tricoté en laine rouge, vers 1900
    Wisconsin Historical Museum, Madison
    Dans les années 1850-1860, pour une meilleure santé, les hygiénistes
    recommandent de porter un jupon de flanelle de laine rouge.
    au centre : Portrait de Lady Ottoline Morrell Julian Ottoline Vinogradoff enfant, 1910-1911
    National Portrait Gallery, Londres
    à dr. : Pull pour petit garçon, tricoté en laine écrue, vers 1881-1883
    Wisconsin Historical Museum, Madison

     

     

    ▲à g. : Jupon tricoté pour petite fille, 1866, La Mode illustrée
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay
    à dr. : Jupon tricoté en laine jaune et rayures zig-zag multicolores, vers 1885-1890
    Wisconsin Historical Museum, Madison

     

     

    ▲à g. : Jupon tricoté pour petite fille, 1860, La Mode illustrée
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay
    à dr. : Jupon tricoté et crocheté en laine écrue et rayures zig-zag roses, vers 1880-1910
    Wisconsin Historical Museum , Madison

     

     

    ▲à g. : Jupon pour enfant, La Mode illustrée, 1862
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay
    à dr. : Combinaison pour enfant en laine tricotée, à rayures verticales bicolores, vers 1890-1899
    Wisconsin Historical Museum , Madison

     

     

    ▲à g. : Pull gilet pour fille en laine tricotée chinée marron rebrodée, vers 1860-1869
    Wisconsin Historical Museum, Madison
    à dr. : Veste à manches courtes pour petite fille, 1864, La Mode illustrée
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay

    À partir du milieu du XIXe siècle, et plus encore la fin XIXe-début XXe, les habitudes changent. La scolarisation obligatoire des enfants préconise « un esprit sain dans un corps sain », on favorise la pratique sportive, y compris pour les filles. Les « bains de mer » ne sont plus réservés à l’élite. Parallèlement, « hommes de science » et hygiénistes redécouvrent les vertus de la laine et recommandent de porter des «lainages sanitaires» à même la peau [Lire ici : la vogue des lainages sanitaires sur Les Petites Mains]. Tout cela va contribuer à mettre la laine « à la mode », elle gagnera peu à peu le vêtement de dessus.

     

    Tricot de laine et mode enfant

     

     

     

    ▲Costumes marins en jersey, 1881 catalogue Hilder & Godbold, Angleterre
    dans Dictionary of Children’s Clothes – 1700s to Present, Victoria & Albert Museum, Londres
    à dr. : Garçonnets en costumes marins en jersey, vers 1900
    pool Vintage Kids sur Flickr

     

     

    ▲à g. : Costume marin en jersey pure laine, hiver 1911-1912
    catalogue général des Galeries Lafayette sur Commons Wikimedia
    à dr. : Petit garçon aux dominos, photographe anomyme, vers 1886
    Bibliothèque nationale de France, Paris

     

     

    ▲Portrait de famille, fin XIXe siècle, galerie lovedaylemon sur Flickr

     

     

    ▲à g. : Pull garçon rayé à col châle, en laine tricotée, marque Lorenz, vers 1900-1915
    Wisconsin Historical Museum , Madison
    à dr. : Garçonnet en pull rayé, vers 1900
    album Edwardian children sur Flickr

     

     

    ▲à g. : Enfants en habits tricotés, vers 1925 pool Vintage Kids sur Flickr
    au centre : Catalogue de tricot Madame n°183, décembre 1924
    sur journ@ux-collection.com
    à dr. : Petite fille en costume de laine tricotée, Portugal, vers 1925
    sur Photos d’Enfances

     

     

    ▲à g. : Modèles de tricot, couverture de Mon Ouvrage n°218, 15 mars 1932
    sur journ@ux-collection.com
    au centre : Portrait de Philippa Selina Mather (née Bewicke-Copley) et David Godfrey Bewicke-Copley
    par Alexandre Bassano, 1933, National Portrait Gallery, Londres
    à dr. : Modèles de tricot, couverture de Mon Ouvrage n°366, 15 mai 1938
    sur journ@ux-collection.com

     

     

    ▲à g. : Pull en en laine, tricotage jacquard des îles Shetland, vers 1931
    Victoria & Albert Museum, Londres
    à dr. : Les princes d’Angleterre Andrew et Edward, 1966, sur royalteurope

     

     

    ▲à g. : Petite fille en gilet tricoté, inspiré du style des îles d’Aran, 1942
    sur Photos d’Enfances
    au centre : Pull tricoté en laine, dans le style des îles d’Aran, 1945
    Wisconsin Historical Museum, Madison
    à dr. : Modèles de tricot dans le style des îles d’Aran, 1960
    sur The Retro Knitting Company

    Dans les années 1885, les manufactures de jersey se spécialisent, le célèbre costume marin des enfants est réalisé en épaisse maille jersey de laine ou de coton. On s’habille de manière plus décontractée en bord de mer, on porte des pulls. À partir des années 1910 apparaissent de plus en plus sur les photographies, des enfants vêtus, même à la ville, de pulls tricotés – ce sont surtout des garçons. L’activité tricot se développe par nécessité pendant la guerre, puis s’ancre durablement dans les habitudes féminines.

     

    Il faudra attendre les années 1920 pour que la laine tricotée évolue en vêtement concerné par la « mode ». La pratique du sport va se répandre et se démocratiser pour devenir un style de vie, tendance amplifiée en 1936 par les congés payés [Lire ici : le sportswear des Années folles et : la maille est associée à la modernité sur Les Petites Mains].

     

    Cette mode favorisera le développement d’un style confortable, typiquement enfantin, avec chandails et culottes de maille boutonnées ensemble et courtes robes. Le chandail ou pullover de sport, qui intéresse désormais les couturiers, se fait créatif. Il s’inspire parfois des techniques traditionnelles locales du tricot, comme le jacquard nordique coloré et le tricot irlandais à torsades et reliefs.

     

    Le pull est un vêtement confortable, souple et extensible qui « grandit » avec l’enfant : on détricote le modèle devenu trop petit, on le retricote en plus grand avec des rayures, des pièces contrastées (poignets, côtes), en réutilisant si nécessaire plusieurs vieux vêtements. Les techniques textiles du XXe siècle n’auront de cesse de développer cette notion de confort, d’élasticité, de douceur…

     

     

     

    ▲à g. : Publicité pour les laines du Pingouin, vers 1950, sur Femmes en 1900
    à dr. : Robe layette tricotée main, marque Jaboté, vers 1960
    sur Kentucky Rain Vintage

     

     

    ▲à g. : Publicité Petit Bateau, tricots Crylor, sur Delcampe
    à dr. : Pull Petit Bateau en fibre polyamide Ban-Lon, vers 1970
    sur Kentucky Rain Vintage

     

     

    ▲à g. : Publicité Absorba, 1968, sur memory-pub
    à dr. : Robe tricotée bicolore en acrylique, Absorba, vers 1970
    sur Kentucky Rain Vintage

     

     

    ▲Pull tricoté à rayures en modal et polyamide, Absorba, vers 1980
    sur Kentucky Rain Vintage
    à dr. : Publicité Absorba, « Les enfants sont comme ça », vers 1980, sur Delcampe

    Dans les années 1960-1970, la facilité de lavage, la rapidité de séchage, l’absence de repassage, le choix multiple des coloris font des fibres synthétiques un matériau particulièrement adapté au vêtement d’enfant qui a besoin d’être lavé souvent. L’offre des marques de prêt-à-porter en tricot est riche et variée, même si on considère les tricots faits maison comme plus élégants et raffinés. Le vêtement tricoté reste un basique incontournable de la mode layette et enfant.

     

    La layette

     

    Ce sont les Anglais, toujours pragmatiques, qui lancent les premiers la mode de la layette tricotée à la main. Elle ne commence à se répandre qu’à partir des années 1870-1880. Les magazines féminins conseillent d’habiller chaudement les bébés d’une robe de laine dès leurs premiers pas, en raison de son confort et sa souplesse. On ne se cache plus pour tricoter à la maison petites vestes, robes, bonnets, cache-langes et culottes à chaussettes intégrées. On considère jusqu’à la moitié du XXe siècle que coudre et tricoter le trousseau de son bébé est la plus saine des occupations pour une future mère.

     

     

     

    ▲à g. : Brassière en laine tricotée, vers 1890-1899
    Wisconsin Historical Museum, Madison
    à dr. : Brassière tricotée mains proposée par un magasin de nouveautés, Le Caprice (journal), 1887
    dans La Mode et l’Enfant 1780… 2000, Musée Galliéra, Paris

     

     

    ▲à g. en haut : Bavette au crochet, La Mode illustrée, 1866
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay
    à g. en bas : Bavette au crochet, vers 1870-1899
    Wisconsin Historical Museum , Madison
    à dr. : Chemise brassière de bébé en laine tricotée
    Wisconsin Historical Museum , Madison

     

     

    ▲à g. : Bonnet en laine crochetée pour garçon, vers 1861-1862
    Wisconsin Historical Museum, Madison
    au centre : Bonnet pour bébé, La Mode illustrée du 2 novembre 1873
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay
    à dr. : Bonnet en laine tricotée pour fille, vers 1850-1869
    Wisconsin Historical Museum, Madison

     

     

    ▲à g. : Bonnets pour bébés en coton tricoté, rebrodé de perles de verre, orné de dentelle et ruban,
    XIXe siècle, Museum of Fine Arts, Boston
    au centre : Bonnet d’enfant, rebrodé de perles de verre, début XIXe siècle
    The Elizabeth Day McCormick Collection, Museum of Fine Arts, Boston
    à dr. : Bonnet de bébé en coton tricoté, rebrodé de perles de verre, orné de dentelle, XIXe siècle
    Museum of Fine Arts, Boston
    En cliquant sur le lien, on peut voir, en haute résolution sur le site du musée,
    le magnifique travail de tricot rebrodé de perles de verre [en anglais : beadwork] de ces bonnets .
    Le travail - que certains différencient du tricot pur, est très proche des modèles
    de réticules pour femme de la même époque
    [Lire ici : Les ouvrages de dames, réticules et autres bourses du XIXe siècle sur Les Petites Mains]

     

     

    ▲à g. : Bonnet pour bébé en coton écru tricoté rebrodé de perles de verre, 1856
    Wisconsin Historical Museum, Madison
    au centre : Bonnet de bébé en coton tricoté, rebrodé de perles de verre, XIXe siècle
    Museum of Fine Arts, Boston
    à dr. : Modèle de bonnet tricoté pour enfant, 1865, La Mode illustrée
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay

     

     

    ▲à g. : Bonnet en coton tricoté, 1860
    Wisconsin Historical Museum, Madison
    à dr. : Bonnet au crochet pour layette de bienfaisance, 1874
    Le Journal des Demoiselles, boutique Au Fil du Temps sur e-bay

     

     

    ▲à g. : Bonnet en coton tricoté, XIXe siècle, Museum of Fine Art, Boston
    au centre : Bonnet au crochet pour enfant, 1865
    La Mode illustrée, boutique Au Fil du Temps sur e-bay
    à dr. : Chaussette pour enfant en coton tricoté, début XIXe siècle
    Museum of Fine Arts, Boston

     

     

    ▲à g. : Chaussons en crochet pour bébé, 1865, La Mode illustrée
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay
    à dr. : Chaussons pour bébé en laine tricotée noire rehaussée de jaune, 1880-1889
    Wisconsin Historical Museum, Madison

     

     

    ▲à g. : Modèle de chausson pour bébé, 1861, La Mode illustrée
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay
    à dr. : Chausson pour bébé en laine tricotée moutarde rehaussée de blanc, 1877
    Wisconsin Historical Museum, Madison

     

     

    ▲à g. : Modèle de chausson pour bébé, 1866, La Mode illustrée
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay
    à dr. : Chausson pour bébé en laine tricotée écrue, orné d’un double ruban, 1905-1915
    Wisconsin Historical Museum, Madison

     

     

    ▲à g. : Modèle de chausson bottine pour bébé, 1862, La Mode illustrée
    boutique Au Fil du Temps sur e-bay
    à dr. : Chausson pour bébé en grosse laine tricotée de couleur magenta, 1877
    Wisconsin Historical Museum, Madison
    La couleur mauve et ses dérivés sont à la mode depuis qu’en 1856,
    William Henry Perkin a réalisé la synthèse chimique de la mauvéine ;
    cela a permis la préparation et l’invention de nouvelles molécules colorantes.

     

     

    ▲à g. : Brassière tricotée en laine blanche, ornée de ruban rose à l’encolure,
    vers 1920, Wisconsin Historical Museum, Madison
    à dr. : Catalogue de tricot, modèles layette, collection Bleuet n°9,
    année non renseignée, sur journ@ux-collection.com

     

     

    ▲à g. : Portrait d’une mère et de son enfant, 1924, galerie bitsorf sur Flickr
    à dr. : Ensemble layette en laine écrue tricotée de la marque Glenroyal
    Victoria & Albert Museum, Londres

     

     

    ▲ g. : Ensemble layette, gilet, bonnet et chaussons tricotés en coton blanc et rose, rebrodé,
    vers 1944-1946, Wisconsin Historical Museum, Madison
    à dr. : Catalogue de tricot, modèles layette, collection Recko n°3,
    année non renseignée, sur journ@ux-collection.com

     

     

    ▲g. : Catalogue de tricot, modèles layette, Tricot de Paris n°60,
    année non renseignée, sur journ@ux-collection.com
    au centre : Trois ans en tricot, modèles à tricoter soi-même
    Modes et Travaux, 1951, sur aiguilles et autres choses
    à dr. : Petite fille en robe tricotée, Allemagne ou Autriche
    vers 1945, sur Photos d’Enfances

     

     

    ▲à g. : Robe tricotée mains, vers 1970-1980, sur Kentucky Rain Vintage
    à dr. : Catalogue de tricot, modèles layette, L’Officiel du Tricot n°25,
    année non renseignée, sur journ@ux-collection.com

     

     

    ▲à g. : Catalogue de tricot modèles layette, Bernat n°27,
    année non renseignée, galerie cemeterian sur Flickr
    à dr. : Réédition d’une brassière ancienne en laine tricotée pour bébé
    sur muitomaisanorte

     

     

    ▲à g. : Catalogue de tricot, modèles layette, La Layette de Mon Tricot,
    année non renseignée, sur journ@ux-collection.com
    au centre : Catalogue de tricot, modèles layette, Patons n°717,
    année non renseignée, galerie megsmaw06 sur Flickr
    à dr. : Catalogue de tricot, modèles layette, L'Art du Tricot n°6,
    année non renseignée, sur journ@ux-collection.com

     

     

    ▲à g. : Catalogue de tricot, modèles layette, La Mode pratique,
    année non renseignée, sur journ@ux-collection.com
    au centre : Portrait d’enfant en robe de laine tricotée, vers 1949
    galerie lovedaylemon sur Flickr
    à dr. : Catalogue de tricot, modèles layette, Collection Azur n°90,
    année non renseignée, sur journ@ux-collection.com

     

     

    ▲ g. : Bonnet et chaussons en laine tricotée jaune, vers 1954-1956
    Wisconsin Historical Museum, Madison
    à dr. : Modèle d’ensemble layette Sirdar Sunshine, Harrap Bros (Sirdar Wools) Ltd,
    vers 1955-1965, Victoria & Albert Museum, Londres

    Dans les années 1920, comme pour l’enfant, la layette tricotée promeut des règles de confort nouvelles, qui vont durer. On aime les panoplies. On assortit les bonnets et les chaussons. Les modèles basiques sont agrémentés de brassières et de bavoirs brodés. On préfère le blanc, mais la répartition des coloris rose-bleu entre garçons et filles s’enracine [Lire ici : bébé rose - bébé bleu, sur Les Petites Mains]. Le jaune fait son apparition dans les années 1930.

     

    Quand le plaisir de tricoter l’emporte sur l’utilité

     

     

     

    ▲à g. et au centre : Catalogues de modèles de tricots des années 1930, années non renseignées
    à dr. : Catalogue de modèles de tricot, La Mode pratique n°13 du 30 mars 1935
    sur journ@ux-collection.com

     

     

    ▲g. : Couverture du magazine Elle n°15 du 27 février 1946
    au centre : Couverture du magazine Elle n°95 du 9 septembre 1947
    Archives magazine Elle
    à dr. : Garçonnets en pull de laine tricotée, pool Vintage Kids sur Flickr

     

     

    ▲g. : Patron modèle de cardigan et de short Patons and Baldwins Ltd, Créations Weldon,
    vers 1950-1955, Victoria & Albert Museum, Londres
    au centre : Patron modèle de mini-robes roses, marque Hayfield, vers 1960, sur etsy
    à dr. : Patron modèle d’ensembles gilets/jupe/pantalon pattes d’eph’, Cortinac, vers 1970
    sur buggsbooks

     

     

    ▲Pages de modèles de tricots pour bébés
    100 Idées n°1 de décembre 1972 et n°111 de janvier 1983
    sur le blog des centidéalistes : rubrique Tricot à la mode 100 Idées

     

     

     

     

     

    ▲Pages de modèles de tricots pour enfants
    100 Idées n°4 de septembre 1973 (à g.), n°60 d’octobre 1978 et n°119 d’octobre 1983
    sur le blog des centidéalistes : rubrique Tricot à la mode 100 Idées

     

     

    ▲Pages de modèles d’accessoires en tricot pour enfant,
    100 Idées n° 112, février 1983 sur le blog des centidéalistes : rubrique Tricot à la mode 100 Idées

    La généralisation d’un prêt-à-porter abordable, le travail des femmes et autres mutations sociales vont peu à peu confiner l’activité tricot au loisir. Dans le domaine de la layette plus que tout autre, le temps du tricot prolonge le plaisir de la ferveur maternelle ou grand-maternelle à l’enfant chéri. De la débutante à l’experte, de la tradition à l’ultra-mode, dans un esprit pratique ou ludique, chacune peut trouver dans les nombreuses publications de catalogues et magazines spécialisés « le » modèle à tricoter soi-même.

     

     

     

    ▲Bonnet pointu en alpaga, tricoté par Marie-Pierre pour Appoline, sur Bigmammy

    (à suivre : 100 ans de tricot enfant avec Le Petit Écho de la Mode)

      

    SOURCES : merveilleux blog "Les petites mains"

    http://les8petites8mains.blogspot.com/search/label/ann%C3%A9es%201920

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  • ►Le tricot : une occupation féminine convenable

     

    ▲à g. : Portrait de Elisabeth de la Vallée de la Roche, par Michel-Pierre Hubert Descours, vers 1771
    Bowes Museum, Barnard Castle
    à dr. : Sac à ouvrage pour dame, vers 1790, Angleterre
    dans Sacs à main, A. Johnson, Editions Könemann

     

    ▲à g. : Coussin à aiguilles en soie, tricoté main, XVIIIe siècle
    Victoria & Albert Museum, Londres
    à dr. : Femme tricotant, par Francoise Duparc, vers 1750-1760
    Musée des Beaux Arts de Marseille sur leparisaquasistain

     

    ▲à g. : Coussin à aiguilles tricoté, aux initiales « MM », Angleterre
    entre 1730 et 1769 Victoria & Albert Museum, Londres
    au centre : Portrait de Madame Lepage, par Guillaume Dominique Jacques Doncre, 1797
    sur wikigallery
    à dr. : Paire de gants longs tricotés, Amérique, fin XVIIIe début XIXe siècle
    Musée des Beaux Arts, Boston

     

    ▲à g. : La Tricoteuse endormie, par Jean-Baptiste Greuze, 1759
    Huntington Library, San Marino
    à dr. : Chaussette tricotée main ayant appartenu au Dauphin Louis-Charles
    sur Musée Louis XVII

    Au XVIIIe siècle, le tricot à la main est très à la mode, quand il devient l’occupation convenable des femmes de l’aristocratie. A Trianon, Marie-Antoinette ne joue pas seulement à la bergère, elle tricote. Plus tard, au Temple, elle fera chercher aux Tuileries, par la fille de son geôlier Tison, des aiguilles à tricoter en ivoire – certaines sont passées en vente publique en 2003, 30 670 euros la paire ! Le raffinement des accessoires de tricot et des sacs à ouvrage à base sculptée et au corps volumineux, le plus souvent en soie, reflète le statut social de la « dame de qualité » qui les possède.

     

    ▲à g. : Ecole anglaise de « bienfaisance » pour filles, vers 1795
    Bristol City Museum and Art Gallery, Bristol
    à dr. : Bas tricotés en coton, France, XVIIIe siècle, Musée des Beaux Arts, Boston

    Avec la « découverte » de l’enfance via notamment de l’Emile de Jean-Jacques Rousseau [Lire Les Petites Mains : Mode adulte - mode enfant (2) : la robe blanche ], on commence à se préoccuper de l’« éducation » des filles, qui ont bien sûr « naturellement » le goût des travaux d’aiguilles, qui « conviennent » à leur « fragilité physique ». Mais, dans les pensionnats et les couvents, ces apprentissages varient selon que la jeune fille est « bien née » ou qu’elle devra « gagner honnêtement sa vie ». Pour la première, il s’agit surtout de se constituer un trousseau et d’occuper la vacuité de son temps libre à autre chose que de « mauvaises lectures » – on nommera cela bien plus tard le bovarysme. Pour la seconde, un enseignement trop léger l’assignerait à des ouvrages ordinaires, moins monnayables sur le marché de la mode, secteur économique en plein essor, en demande croissante de petites mains habiles.

     

    Les Tricoteuses jacobines, par Pierre-Etienne Lesueur, entre 1789 et 1799
    Musée Carnavalet , Paris

    Le tricot est une activité traditionnellement dévolue aux femmes, qu’elles exercent en privé, dans l’intimité de leur foyer. C’est précisément cette image conventionnelle de la femme qui nourrit le mythe contre-révolutionnaire des « féroces et vulgaires poissardes » tricoteuses jacobines de l’An II. Représentées des aiguilles et un tricot à la main, elles troublent l’ordre « naturel » des choses en exerçant leur activité en public, en se mêlant de plus des délibérations de la Convention, activité politique réservée aux seuls hommes. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce passionnant sujet d’histoire féminine, je vous renvoie à l’analyse de cette image sur le site L’Histoire par l’image, et à l’article de l’historienne Dominique Godineau sur le site Révolution française.

     

    ▲à g. : Servante à son ouvrage, par Jean Baptiste Siméon Chardin, vers 1760
    National Museum, Stockholm
    à dr. : Bonnet tricoté main, doublé, en laine, vers 1740-1760
    Rijksmuseum, Amsterdam

     

    La Classe manuelle, école des petites filles (Finistère), par Richard Hall, 1889
    Musée des Beaux Arts, Rennes sur sur Agence photographique de la RMN

     

    ▲à g. : La Classe manuelle, école des petites filles (détail), par Richard Hall, 1889
    Musée des Beaux Arts, Rennes
    à dr. : La Leçon de tricot, par Joseph Gabriel Tourny, 1889
    Musée du Louvre sur Agence photographique de la RMN

    Le tricot a des vertus qui dépassent les autres travaux d’aiguilles, car on peut l’interrompre pour le reprendre à tout moment. Il permet donc à la femme de tirer parti de tous ces «temps perdus» que l’on ne doit pas gaspiller en conversation, ou pire encore en lectures frivoles. A ce titre, il sera largement enseigné dans les institutions et les écoles aussi bien religieuses que laïques pendant tout le XIXe siècle. Un siècle plus tard, en 1948, alors que De Gaulle accorde enfin le droit de vote aux femmes françaises et qu’on lui pose la question « Allez-vous en prendre au gouvernement ? », il répond : « Oui, à un sous-secrétariat d’État au tricot ». On ne s’étonne donc pas, devant cette survalorisation du tricot et ses conséquences sur l’assujettissement des femmes, que le tricot soit longtemps honni des mouvements féministes.

    Les premiers recueils de modèles

     

    ▲à g. : Instructions on Needlework and Knitting (Instructions pour les travaux de couture et de tricot)
    Pupils of the National Model Female, 1838, Victoria & Albert Museum, Londres
    A l’intérieur, on a trouvé une lettre envoyée par une certaine Miss M.A. Smith
    qui envoie le livre à son institutrice pour la remercier de ses enseignements.
    à dr. : Recueil de modèle pour apprentissage, Instruction book
    The National Society's Instructions on Needlework and Cutting Out, National Model Female School, Dublin, Ireland
    1835, Victoria & Albert Museum, Londres

     

    ▲à g. : Industrie, par Charles Baxter, 1867
    Victoria & Albert Museum, Londres
    à dr. : Page de couverture d’une méthode scolaire de travail manuel, France, XIXe siècle
    collection privée, Archives Charmet sur The Bridgeman Art Library, Londres

    Au XIXe siècle, le tricot est, avec la broderie, l’une des principales activités des institutions de charité, hôpitaux, prisons, on y tricote principalement des bas et des vêtements pour enfants. Le premier recueil de modèles publié en Angleterre est Instructions on Needlework and Knitting [Instructions pour les travaux de couture et de tricot] de la National Society, qui le destine à l’apprentissage du tricot dans les écoles de charité de l’Église anglicane. Il date de 1838.

    On peut le considérer, lui et ses semblables, comme l’ancêtre de nos recueils de modèles, même si l’absence d’information sur la taille des aiguilles, la tension du fil ou autres notations standardisées rend la réalisation des modèles extrêmement difficile pour une tricoteuse non experte. On y voit le modèle final miniaturisé. De semblables recueils ont certainement circulé dans de nombreuses institutions d’Europe occidentale.

     

    ▲Echantillons de modèles, XVIIIe siècle, probablement Allemagne
    Musée des Beaux Arts, Boston

     

    ▲Page du livre d’échantillons de Elizabeth Hume, entre 1846 et 1875
    Victoria & Albert Museum, Londres

    Il est évident que certaines tricoteuses se font leurs propres recueils d’échantillons, répertoire de points et de motifs, avant que n'existent les manuels et les fascicules de modèles de grilles. Jane Gaugain est la première Anglaise à publier, en 1846, ses «recettes de tricot», comme on les appelle alors en Angleterre, référence à une autre activité féminine, la cuisine. Elle est la première à utiliser des abréviations pour décrire les points employés.

    Les publications mentionnant des ouvrages à réaliser soi-même commencent à se répandre dans les années 1810, surtout en Allemagne, pour la confection de bourses en tricot rebrodé de perles de verre ou d’acier. Les instructions sont imprimées sur papier millimétré. En France, les publications de mode se développent surtout sous la Restauration – comme le Journal des Demoiselles à partir de 1833.

     

    ▲Pages de La Mode illustrée
    à g. du 6 novembre 1864, à dr. du 27 mars 1864
    Au Fil du tempssur e-bay

    Ces publications prennent un caractère plus bourgeois sous le second Empire et se diffusent en province. Elles fournissent des patrons et des explications détaillées pour des ouvrages à réaliser patiemment, en couture, tricot, crochet, dentelle et broderie. Ainsi, La Mode illustrée et son supplément, journal familial créé en 1859, qui trouve son lectorat dans la petite bourgeoisie, compte 40 000 abonnées en 1866, et bien plus de lectrices, car les journaux circulent.

     

    ▲Modèles proposés par La Mode illustrée, journal de la famille, entre 1860 et 1865
    Au Fil du Tempssur e-bay

     

    ▲à g. : Portrait de Mary Isabella Grant, par Francis Grant, vers 1845 sur wikigallery
    à dr. : Modèle de châle paru dans La Mode illustrée, 1861
    Au Fil du Tempssur e-bay

     

    ▲à g. : Jeune fille tricotant, par Alexandre Dubourg, vers 1860-1865
    Musée Eugène Boudin, Honfleur
    à dr. : Modèle de chausson pour enfant paru dans La Mode illustrée, 1865
    Au Fil du Tempssur e-bay

    Répertorier les modèles dont les journaux offrent les grilles et les modèles est impossible, tant ils sont divers. Le choix est vaste : vêtements pour toute la famille – du bébé à la «dame âgée», en passant par les vêtements de chasse du maître de maison, et divers accessoires du costume et articles de décoration utiles à la maison ; il varie des basiques domestiques aux modèles « de luxe » – on se plaint déjà de l’uniformisation des produits manufacturés ! Ce serait une erreur de croire que les premiers sont exécutés par les tricoteuses modestes, les seconds par les plus aisées ; un ouvrage exceptionnel est mieux payé pour les unes, quant aux autres elles tricotent aussi pour les ventes de charité qu’elles patronnent et les indigents qu’elles secourent.

    Réticules et autres bourses du XIXe siècle

     

    ▲à g. : Portrait des deux soeurs Harvey, par Jean Auguste Dominique Ingres, vers 1804
    Musée du Louvre sur L’Histoire par l’image
    au centre : Réticule en soie et coton, tricoté main, Angleterre, vers 1800-1825
    The Metropolitan Museum of Art , New York
    à dr. : Modèle de bourse réticule paru dans le Journal des Demoiselles, 1855
    Au Fil du Tempssur e-bay

     

    ▲à g. : Bourse tricotée en fil de soie, doublée soie, vers 1800-1849
    Victoria & Albert Museum, Londres
    en médaillon : Modèle de bourse ananas paru dans La Mode illustrée, 1864
    Le modèle « ananas » a dû avoir un gros succès pendant plusieurs années,
    tous les musées du monde en conservent.

     

    ▲à g. et au centre : Réticule ananas tricoté porté avec une robe de taffetas de soie jaune
    et châle de tulle de soie noire
    Angleterre, vers 1803, Kyoto Costume Institute, Kyoto
    à dr. : Réticule ananas, vers 1800-1829, Victoria & Albert Museum, Londres

     

    ▲Sac en fil de soie tricoté, XIXe siècle
    Victoria & Albert Museum, Londres
    en médaillon : Modèle paru dans La Mode illustrée, 1861
    Au Fil du Tempssur e-bay

    Au début du XIXe siècle, les petites bourses et autres réticules font fureur dans la mode. Elles sont nées des poches nouées autour de la taille, portées sous les paniers pendant l’Ancien Régime ; à la Révolution, on jette les paniers avec le vêtement de l’Ancien Régime, les poches restent, externes. Les gazettes se moquent de ces « ridicules », mais en 1805, toutes les femmes en portent : ce sont les débuts du sac à main des filles.

     

    ▲à g. et à dr. : Modèles de bourses à deux coulants parus dans La Mode Illustrée, 1862
    Au Fil du Temps sur e-bay
    au centre : Bourses à deux coulants, Angleterre, XIXe siècle
    Victoria & Albert Museum, Londres

     

    ▲à g. et à dr. : Modèles de bourses à deux coulants parus dans La Mode Illustrée, 1862
    Au Fil du Temps sur e-bay
    au centre : Bourse à deux coulants, XIXe siècle
    The Metropolitan Museum of Art, New York
    Le motif de la palmette persaneest à la mode depuis la fin du XVIIIe siècle.

    Un autre succès, plus tardif, au second Empire sont les bourses à deux coulants. Cette mode prend son origine dans la coutume médiévale de conserver ses pièces d’or dans une chaussette [en anglais : stocking purse]. Au XIXe siècle, hommes et femmes suspendent ces bourses à leur ceinture. Une minuscule fente dissimulée laisse difficilement échapper son contenu, d’où leur autre nom de bourses d’avare [en anglais : misery purse].

     

    ▲à g. : Bourse tricotée, XIXe siècle, The Metropolitan Museum of Art, New York
    au centre : Modèle de bourse paru dans La Mode illustrée, 1860
    Au Fil du Temps sur e-bay
    à dr. : Sac tricoté, Europe, 1880
    The Metropolitan Museum of Art, New York

     

    ▲à g. : Réticule tricoté, Allemagne, vers 1810-1830
    The Metropolitan Museum of Art, New York
    à dr. : Modèle paru dans La Mode illustrée, 1864
    Au Fil du Tempssur e-bay

    On peut voir un grand nombre de ces sacs et bourses sur les sites du Victoria & Albert Museum de Londres, du Museum of Fine Arts de Boston, et du Metropolitan Museum of Art de New York [Mots clefs : bag, purse, reticule, pouch]. J'en profite pour dire qu'en suivant les liens sous les images des Petites Mains, on aboutit souvent à des informations plus précises sur l'objet montré. A découvrir aussi sur le blog History Knits One More Stitch des réalisations faites à partir de modèles anciens. Sur la boutique Au Fil du temps e-bay, que je cite très souvent sur Les Petites Mains, on peut acheter des patrons et grilles de modèles.

    Les progrès de la teinture et la vogue des « lainages sanitaires »

     

    ▲à g. : Trousse d’aiguilles à tricoter de la marque Sunflower de Bassat Powell, tailles 11 à 19, en acier
    vers 1870-1890, Victoria & Albert Museum, Londres
    au centre : Photographie de jeune fille tricotant, auteur anonyme, vers 1880
    Musée national de l'Éducation – INRP , Rouen
    à dr. : Fils de laine teints chimiquement, Angleterre, vers 1850-1899
    Victoria & Albert Museum, Londres

    A partir des années 1850, les premiers fils de laine teints chimiquement offrent aux tricoteuses du second Empire un plus large choix de couleurs, plus vives et plus chatoyantes. Le fil de laine absorbe particulièrement bien la couleur, le rouge profond et le mauve sont les préférés.

    Par ailleurs, les « hommes de science » et les hygiénistes de la fin du XIXe siècle, dans un esprit de « réforme » de la mode qui touche surtout les pays anglo-saxons [Lire Les Petites Mains : la robe de réforme], préconisent le port de tissus bruts, sans fibres végétales, à même le corps. Ils redécouvrent les vertus de la laine. Le Docteur Gustave Jaeger de l’Université de Stuttgart publie en 1878 un ouvrage qui décrit tout le bien apporté par le port de sous-vêtements de laine à son propre organisme. En Angleterre, le « Sanitary Woollen System » est créé la même année, qui propose ses « lainages sanitaires ». Dès 1877, le docteur Rasurel, en France, invente un mélange de laine et de ouate de tourbe, bien entendu « encore plus performant », qui préfigure déjà le Thermolactyl de Damart (il ne sera inventé qu’en 1953). Marcel Proust, asthmatique, en porte ; plus tard, l’Armée française en fournira à ses soldats dans les tranchées…

     

    ▲à g. : Publicité pour les sous-vêtements du Docteur Rasurel, vers 1890 sur 1.stdibs.com
    au centre et à dr. : Modèles de dessous en laine tricotée
    parus dans le Journal des Demoiselles, 1894 (ceinture) et 1901 (jupon)

    On recommande donc dans toute l’Europe de porter des « lainages sanitaires » sous les vêtements : jupons et pantalons pour les femmes, gilet pour les hommes. Tout cela contribue à mettre la laine à la mode. On achète le plus souvent ces dessous, mais on les tricote aussi soi-même, les journaux fournissent toutes sortes de modèles.

    La représentation artistique de la tricoteuse

     

    ▲à g. : La Cour, par William Sidney Mount, 1836
    Nelson Atkins Museum of Art, Kansas City
    à dr. : La Tricoteuse, par Auguste Georges Blondel, vers 1849
    Musée des Beaux Arts, Rennes

     

    ▲à g. : La Dame en noir, par Carolus Duran, 1859
    Palais des Beaux Arts, Lille
    à dr. : Tricoteuse bretonne, par Eugène Boudin, 1865
    Musée Boudin, Honfleur

     

    ▲à g. : Bergère tricotant dans la campagne de Barbizon, par Jean-François Millet, 1860-1862
    Musée des Beaux Arts, Boston
    à dr. : La Leçon de tricot, par Jean-François Millet, vers 1860
    Art Museum, Saint Louis

    Par sa vocation exemplaire d'édification pour les filles, la tricoteuse représente parfaitement les enjeux et conventions de la vie quotidienne des femmes et jeunes filles du XIXe siècle. Qu’elles soient riches ou pauvres, jeunes ou plus âgées, le tricot est d’une certaine manière le révélateur de leurs devoirs et qualités de femmes douces et attentives à leur foyer, de maîtresses de maison au paraître efficace sans ostentation, de chrétiennes humbles et travailleuses, soucieuses d’économie domestique.

     

    ▲à g. : Le Tricot, par Francis Grant, fin des années 1860
    à dr. : La petite Tricoteuse, par Albert Anker, 1891
    Musée Oskar Reinhart am Stadtgarten, Winterthur

     

    ▲à g. : Les filles de l’artiste, par Fritz von Uhde, 1896
    à dr. : Fillette tricotant, par Julian Alden Weir, 1908

     

    ▲à g. : Jeune fille tricotant, par Albert Anker, 1884
    à dr. : La Leçon de tricot, par Lee William Hankee, 1914
    Musée d’Orsay, Paris

    Peindre une tricoteuse, c’est peindre la féminité idéale : les mères attentives, les fillettes obéissantes et leurs grandes soeurs, les grands-mères respectées, l’intimité des foyers, les jolies bergères et vachères qui emploient leur « temps perdu » dans un idyllique décor pastoral, le balbutiement amoureux du promis qui tient pour sa promise l’écheveau de laine qu’elle roule en pelote...

     

    ▲à g. : Jeune femme au tricot, par Berthe Morisot, vers 1883
    à dr. : A la plage, par Auguste Renoir, 1883
    The Metropolitan Museum of Art, New York

     

    ▲à g. : Clotilde, par Paul Louis Dessar, vers 1893
    Musée franco-américain du château de Blérancourt
    à dr. : Les Tricoteuses, par Henri Martin, 1913
    Musée d’Orsay, Paris
    sources : Agence photographique de la RMN et WikiGallery

    C’est donc bien en icône que la figurent les peintres à travers les innombrables représentations de La Tricoteuse ou La Leçon de tricot qui traversent le siècle – jusqu’à ce que la Première Guerre mondiale transforme à la fois cette vision et la pratique du tricot.

     

    Sources : MERVEILLEUX BLOG de "Les petites mains"

    http://les8petites8mains.blogspot.com/search/label/education%20%28filles%29

     

     

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  • Des dessous « hygiéniques » fin XIXe au sportswear des Années folles

     

     

     

    ▲à g. : Le Chalet du cycle au bois de Boulogne, par Jean Béraud, fin XIXe-début XXe siècle
    Musée de l’Île-de-France, Sceaux sur Agence photographique de la RMN
    Les élégantes viennent au Chalet du cycle exhiber leur garde-robe sportive, la grande nouveauté,
    c’est la culotte bouffante qui permet de montrer ses jambes, ce qui n’est possible que par la pratique de la bicyclette.
    à dr. : Sweater en laine, France, vers 1895, The Metropolitan Museum of Art, New York

     

     

    ▲à g. : Sweater cardigan en laine, Amérique, vers 1900-1903 The Metropolitan Museum of Art, New York
    à dr. : Carte postale des montagnes du Doubs intitulée « Sports d’hiver, départ du bolide, 60 à l’heure », vers 1900

    Dans la lignée de la fin du XIXe siècle et la vogue des lainages « hygiéniques » utilisés pour les vêtements de dessous puis les tenues de sport, la mode des vêtements en tricot se développe au début du XXe siècle. L’hiver à Saint-Moritz, on s’équipe d’un bonnet, d’une écharpe, d’un pull et de chaussettes de laine pour pratiquer les sports de plein air comme le patinage, la luge, le ski, le hockey ; les autres saisons, on porte d’élégants et confortables sweaters [de l’anglais to sweat : transpirer] et ensembles de maille pour la chasse et les parties de campagne, la plage à Deauville et le vélocipède au bois de Boulogne.

     

     

     

    ▲à g. : Gabrielle Chanel photographiée à Deauville vêtue d’un ensemble de tricot, 1913
    à dr. : Costumes en jersey de Chanel, illustration, première parution dans Les Elégances parisiennes, juillet 1916
    Bibliothèque des Arts Décoratifs, Paris sur Life.com

    Gabrielle Chanel est à juste titre considérée comme une pionnière du vêtement en tricot. En 1913, elle ouvre sa boutique à Deauville ; en 1916, elle rachète à Jacques Rodier (tisserands depuis 1852) un stock de jersey habituellement utilisé pour la bonneterie ; elle y réalise des modèles de tailleurs à veste trois-quarts et jupes raccourcies et des marinières. Mais elle n’est pas la seule à apprécier sa souplesse, sa douceur et son confort : d’autres couturiers s’enthousiasment pour le djersabure de la maison Rodier, comme Jean Patou, ou André Gillier, le futur inventeur de la fameuse maille piquée Lacoste deux décennies plus tard.

     

     

     

    ▲à g. : Ensemble en tricot, publié dans le magazine Madame, 1921
    boutique Au Fil du Temps sur e-Bay
    à dr. : Tailleur sport Lanvin, photographié au Bois de Boulogne par les Frères Séeberger, hiver 1922
    Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris

     

    ▲à g. : Suzanne Lenglen dans un ensemble en maille de Jean Patou, 1926, sur examiner.com
    à dr. : Pullover en soie et laine, par Lucien Lelong, 1927 The Metropolitan Museum of Art, New York

     

     

    ▲à g. et à dr. : Sweater en laine et soie, Angleterre, vers 1929
    The Metropolitan Museum of Art, New York
    au centre : Robe Chanel, photographiée à Deauville, le jour du Grand Prix,
    par les frères Séeberger, 29 août 1928,
    Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris

    Le style de vie des années 1920, qui se veut libre et pratique et exige qu’on ait l’air «sport», voit le triomphe de la maille et des pullovers – le terme apparaît à cette époque. Certes le soir, on brille dans des tenues luxueuses et pailletées, mais en journée, la base de la garde-robe, c’est l’ensemble sport (sportswear), le plus souvent en maille, souple, pratique, confortable.

     

    On porte le sweater sans col, à manches longues ; on l’appelle cardigan quand il s’ouvre sur le jumper qui s’enfile par la tête ; le chandail – qui viendrait de « marchand d’ail », est à manches courtes, long et décolleté en V ; le pull-over est à manches longues ; quant au gilet, il se boutonne devant. On porte ces articles tricotés à la taille basse sur des jupes courtes, c’est l’allure « garçonne ». Paul Poiret, le couturier vedette de la Belle Époque, n’apprécie guère cette mode : « Autrefois une robe était autre chose qu’une jupe plissée avec un sweater. Ah ! on pouvait alors faire de belles choses avec de beaux tissus que la femme préférait aux jerseys et aux tissus de sport ! » déclare-t-il dans L’Art et la Mode en 1927. Ces toilettes sont immédiatement adoptées par les Américaines, plus rationnelles et moins conformistes que les Françaises.

     

    Du tricot utile de la guerre au tricot de loisir

     

     

     

    ▲à g. : Cartes postales françaises « patriotiques », 1914-1918
    sur sur le blog France/Allemagne : Mémoires de guerres

     

     

    ▲à g. : Femme tricotant (photographie choisie pour la couverture de
    No idle hands : The Social History of American Knitting, Ann Macdonald, Ballantine Books, 1990)
    sur Flickr Vintage Knitting
    à dr. : Une partie du stock des 125 636 chaussettes tricotées pour les soldats à Sydney,
    photographie G. A. Hills, mai 1917
    sur Knitting for our boys, Galerie de photos de State Library of New South Wales collections sur Flickr

    Un tel engouement pour les tenues en maille, relayé par des couturiers renommés, ne peut que profiter au tricot domestique, qui depuis la Première Guerre mondiale s’est répandu dans toutes les couches de la société. Pendant la guerre, femmes, enfants, et même les soldats blessés immobilisés, tout le monde tricote « patriotiquement », en très grand nombre, des chaussettes, des mitaines, des genouillères, des bonnets et des écharpes pour les soldats du front. Les dames de la haute société, qu’on aperçoit dans les rubriques mondaines des journaux, se font infirmières ; elles passent leur temps à tricoter, partout, dans les trains, au théâtre, au restaurant, à la maison, dans les écoles… On les représente même parfois le tricot à la main lors des présentations de mode des maisons de couture, le journal Les Modes raconte très sérieusement ce genre d’anecdotes dans ses articles. On dit que les soldats reçoivent tant d’articles tricotés qu’ils s’en servent pour astiquer leurs armes !

     

     

     

    ▲à g. : Tricotin soldat, 1915 sur Musée national de l'Education, Rouen
    au centre : Catalogue de tricot, modèles spéciaux pour soldats, 1914-1918, sur The Vintage Knitting Lady
    à dr. : Recueil de modèles de tricots pour les poilus, La Femme et la Guerre sur Musée virtuel militaire

     

     

    ▲à g. : Tunique tricotée en soie blanche, anonyme, vers 1921
    Exposition Les Années Folles, 1919-1929, du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
    à dr. : Tunique nouvelle au crochet en lacet de soie, magazine Madame, 1922
    boutique Au Fil du Temps sur e-Bay

     

     

    ▲à g. : Ensemble tricoté de Joseph Paquin, photographié au Bois de Boulogne par les Frères Séeberger, 1925
    Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris
    à dr. : Pullover moderne au tricot, magazine Mon Ouvrage, 1929
    boutique Au Fil du Temps sur e-Bay

     

     

    ▲à g. : Casaque nouvelle au tricot rayé, magazine Madame, 1921
    boutique Au Fil du Temps sur e-Bay
    au centre : Jumper à col en V, tricoté en soie de couleur rouille, et petit sac à gland, vers 1920
    Getty Images sur aufeminin.com

     

     

    ▲à g. : Annonce publicitaire pour les fils à tricoter La Redoute, revue L'Illustration, 1926
    sur le blog Les Mailles de Francinelle
    à dr. : Publicité pour les Laines du Pingouin de la Lainière de France, Roubaix, 1929
    sur hprints.com

    Les femmes de toutes conditions sociales prennent ainsi l’habitude de tricoter, et pour longtemps. Après la guerre, le tricot devient un loisir, même s’il reste aussi dans les familles une manière économique de s’habiller utile, confortable et de manière originale. Les magazines de mode continuent, comme au XIXe siècle, à proposer des modèles de tricots à réaliser soi-même, mais aussi désormais des modèles en maille en coupé-cousu à faire fabriquer par sa couturière. Certains de ces articles de guerre vont faire leur entrée dans le vestiaire de la mode : c’est le cas de la cagoule. A partir des années 1920, les filatures françaises proposent la vente de laine au détail, par correspondance, via la presse féminine et familiale ; au début, il s’agit juste pour elles d’écouler leurs fins de séries.

     

    La maille est associée à la modernité

     

     

     

    ▲à g. : Pullover, Madeleine Vionnet, photographie dépôt de modèle, 23 août 1924
    au centre : Ensemble en maille, Jean Patou, photographie dépôt de modèle, 10 août 1926
    à dr. : Pullover, modèle Champion, Lucien Lelong, photographié par Edigio Scaioni, 1928
    Exposition Les Années Folles, 1919-1929,
    du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra

     

     

    ▲à g. : Coco Chanel posant dans un de ses ensembles cardigan et pull, 1929
    Hulton Getty Picture Collection sur Life.com
    à dr. : Publicité pour les tissus en lainage et jersey Chanel, 1934 sur hprints. com

     

     

    ▲à g. : Ensembles Jean Patou, photographiés à Deauville par les Frères Séeberger le 14 août 1927
    Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris
    au centre : Sweater en laine, Amérique, vers 1920 The Metropolitan Museum of Art, New York
    à dr. : Ensembles cardigans Wilson's of Great Portland Street, Londres, mai 1928
    Brooke/ Hulton, Getty Images dans Decades of Fashion

     

     

    ▲à g. et à dr. : Devants de jumpers ou sweaters en trompe-l’œil, tricotés main
    par Madame Azarian pour Elsa Schiaparelli, 1927-1928
    Exposition Les Années Folles, 1919-1929 , du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
    au centre : Jumper au motif noeud en trompe-l’œil tricoté main, Elsa Schiaparelli, 1927
    Victoria & Albert Museum, Londres

    Cette simplicité des lignes de la mode 1920 pousse les couturiers et les artistes à rivaliser d’audace dans le choix des motifs. En 1924, Madeleine Vionnet fait figure de précurseur en proposant des chandails aux motifs géométriques bicolores. Jean Patou, Lucien Lelong, Jane Régny présentent des modèles colorés à rayures ou à diagonales, à motifs géométriques, héraldiques ou en trompe-l’œil – comme la cravate, gros succès de cette mode « à la garçonne ». En 1927, Elsa Schiaparelli lance sa célèbre première collection tricotée main avec cols, cravates et nœuds en trompe-l’œil, ou foulard incrusté ; le modèle à nœud a été très souvent copié, le Jardin des Modes en a publié une version simplifiée dans son numéro de février 1929.

     

     

     

    ▲à g. : Maillot de bain tricoté main, Sonia Delaunay, 1928
    Exposition Les Années Folles, 1919-1929 du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
    à dr. : Projets de maillots de bain, Sonia Delaunay, 1928
    Fashion and Fabrics, Jacques Damase Thames and Hudson (1991) sur Flickr

     

     

    ▲à g. et à dr. : Les danseurs Lydia Sokolova, Anton Dolin, Bronislava Nijinska et Leon Woizikowsky
    des Ballets Russes de Serge Diaghilev en costumes de maille pour Le Train bleu, 1924
    Hulton Getty Picture Collection sur Victoria & Albert Museum, Londres
    au centre : Costumes en maille créés par Coco Chanel pour le ballet Le Train bleu, 1924
    Victoria & Albert Museum, Londres

    A travers l’image d’une femme mince, indépendante, qui bouge, la maille est associée à la modernité. Elle inspire les artistes cubistes et Art déco, dont certains refusent la distinction trop nette entre les « beaux-arts » et l'art décoratif ou appliqué. En 1924, Coco Chanel crée les costumes en tricot du Train bleu des Ballets russes, dont l’histoire se déroule dans une station balnéaire, un monde qu’elle connaît bien. Sonia Delaunay dessine des vêtements à motifs géométriques et coloris vifs, notamment des maillots de bain en tricot.

     

     

     

    ▲à g. : Tenue de ski tricotée photographiée à Saint-Moritz, Jean Patou, 1924
    Getty Images dans Decades of Fashion
    à dr. : Chandail de ski AA Tunmer & Cie porté sur une culotte de ski, auteur anonyme, vers 1927
    Exposition Les Années Folles, 1919-1929, du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra

     

     

    ▲à g. : Jupe pour le sport, publicité Amy Linker, 1925 sur hprints
    à dr. : Patinage à Saint-Moritz, 1926 Nationaal Archief sur Flickr

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    ▲à g. : Pull Louise Boulanger en cashmere et angora, 1928
    The Metropolitan Museum of Art, New York
    à dr. : Publicité Jane Regny, dessinée par Ernst Dryden, 1927 sur hprints

     

     

    ▲à g. : Marie-Rose, Bibi, Dani et Simone sur la plage d’Hendaye, par Jacques-Henri Lartigue, août 1927
    Exposition Les Années Folles, 1919-1929, du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
    à dr. : Ensemble de bain Jean Patou, photographié par George Hoyningen Huené pour Vogue,
    1er juillet 1928 sur condenaststore.com

     

     

    ▲à g. : Publicité pour les maillots de bain Jantzen, la marque au logo baigneuse rouge, 1929
    sur le blog interviewmagazine
    au centre : Maillot de bain Jantzen, vers 1920 sur collectibles-articles.com
    à dr. : Modèle de maillot de bain à tricoter, vers 1920 sur The Retro Knitting Company

     

     

    ▲à g. : Femmes en pyjamas de plage à Bandol, Carte postale Yvon, vers 1920
    à dr. : Tenue de plage, griffe Jean Patou Sport et Voyages, vers 1929
    Kyoto Costume Institute, Kyoto

    On a aujourd’hui bien du mal à s’imaginer porter un maillot de bain de laine tricotée. Pendant ces années 20, le succès des activités sportives favorise la mode des vêtements en maille – le maillot de bain n’est qu’un exemple parmi d’autres, et il vient de loin ! Le maillot féminin du XIXe siècle couvrant, opaque et long ressemble plus à une robe qu’à un maillot. L’engouement pour les sports d’eau et la nouvelle mode du teint hâlé des années d’après-guerre vont progressivement imposer un maillot de bain inspiré de celui des hommes, moulant, ne gênant pas les mouvements pendant la nage, souvent rayé bleu et blanc. Seul le jersey de laine ou de coton répond alors à cette exigence, même si l’eau salée finit par rétrécir les lainages et le soleil pâlir les couleurs. Certaines femmes portent sous leur maillot de bain une « gaine de plage ».

     

    Article emblématique de ce nouveau style de vie sportif, le maillot de bain fait fureur. Grâce à ses recherches techniques, la société américaine Jantzen a l’idée d’intégrer des fibres élastiques dans ses maillots de bain tricotés à côtes, le maillot s’ajuste au corps et ne se déforme plus à l’usage. En France, pas une femme du monde ne manque de porter les maillots de bain siglés « JP. » – c’est une première, du couturier Jean Patou, réputé exceller dans la création de modèles balnéaires. Les maisons de couture ouvrent des rayons spécialisés. Une décennie plus tard, pour se démarquer des « congés payés » en maillots tricotés « faits maison » qui arrivent sur les plages, on portera l’élégant pyjama de plage en jersey.

     

    Sources : MERVEILLEUX BLOG de "Les petites mains"

    http://les8petites8mains.blogspot.com/2011/01/histoire-du-tricot-le-tricot-au-xxe.html

     

     

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  • Guildes et corporations se structurent autour du travail de la bonneterie

     

    Lorsque les guildes et corporations commencent à apparaître, la technique du tricot est probablement maîtrisée, le tricot devient rapidement une activité artisanale et commerciale, dont les bonnets et les chausses sont le produit principal. A Paris, des artisans regroupés en corporation fabriquent principalement des bonnets, d’où le nom bonneterie [on prononce bon’tri] qui qualifie l’ensemble de la production de tricot. On trouve trace d'un « chappelier » qui vend aussi des chausses « faictes à l'aiguille » en 1387. Le Petit Robert mentionne les origines du mot en 1449 – la langue française est la seule à lier l'art du tricot au bonnet.

     

    ▲Marchands de bas, vers 1560, Musée national allemand, Nuremberg
    (Il s’agit d’une caricature sur le crédit et les mauvais payeurs.)

    Les bonnetiers forment l’un des sept grands corps de métiers médiévaux. Les archives témoignent d’une organisation à Paris dès 1268, lorsque le prévôt Etienne Boileau réunit dans le Livre des métiers tous les règlements de police qui régissent l'industrie et le commerce à Paris. Mais cela reste exceptionnel, l'apparition des guildes en Europe occidentale date plutôt du XVe et du début du XVIe siècle, qui correspondent à l’essor du tricot : celle de Troyes, future capitale de la bonneterie, date de 1505. L'Angleterre voit naître ses premières corporations au cours du XVIe siècle, l'Alsace et l'Allemagne, ainsi que d'autres villes françaises, enregistrent des guildes au début du XVIe, celles de Vienne, Dresde, Prague au début du XVIIe.

     

    Gants, bas de chausses, bonnets et chapeaux tricotés en maille endroit

     

    Pour des raisons de confort et de parfaite adaptation du tricot à certaines parties anatomiques, les articles réalisés sont d’abord les gants, les chausses et les bonnets ou chapeaux. Le tricot va aussi répondre à la nouvelle mode près du corps qui apparaît à partir des années 1350.

     

     

    ▲à g. : Gant pontifical en soie tricotée de Pierre de Courpalay
    premier quart du XVe siècle, Musée National du Moyen Âge Thermes de Cluny
    à dr. : Saint Augustin, père de l'Eglise (détail), par Pedro Berruguete Juste de Gand, vers 1460-1480
    Musée du Louvre, Paris sur culture. fr

     

     

    ▲Gants liturgiques en soie tricotée, Europe, vers 1550-1600
    Museum of Fine Arts, Boston

     

     

    ▲à g. : Saint Grégoire, par Francisco de Zurbarán, 1626
    Musée des Beaux Arts, Séville
    à dr. : Gants liturgiques en soie rouge tricotée et à crispins, vers 1600-1625
    The Metropolitan Museum of Art, New York

    Les gants tricotés se répandent dès le bas Moyen Âge, pas seulement pour le vêtement liturgique. [Lire Histoire du Tricot (1), les origines]. La tradition du port du gant qui représente l’autorité – le gant, objet de prestige, symbolise la main et le pouvoir de celui qui le revêt, remonte à la Gaule, l’Église l’a reprise à son compte pour asseoir son influence. Le gant de prélat n’est jamais en peau, matériau « impur » d’origine animale, on le tricote en fil de soie, parfois d’une seule pièce – en rappel de la tunique du Christ (Saint Jean mentionne cette tunique que le Christ porte pendant la cruxifixion, il précise qu’elle est faite d’une seule pièce, sans couture, les soldats ne se la partagent pas mais la tirent au sort entre eux). En 1070 le pape autorise tous les abbés à porter des gants de soie brodés d’une croix. La couleur indique la fonction : gant blanc pour le pape, rouge pour le cardinal, violet pour l’évêque.

     

     

     

    ▲Portrait de Galeazzo Maria Sforza, duc de Milan, par Piero del Pollaiuolo, vers 1471
    Galerie des Offices, Florence sur Wikimedia Commons

     

     

    ▲Jan van Wassenaer, vicomte de Leyde et gouverneur de la Frise, par Jan Mostaert, vers 1520-1522
    Musée du Louvre sur Wikimedia Commons

     

     

    ▲à g. : Portrait de Henry Saville, secrétaire latin de la reine Elizabeth Ière
    par Sylvester Harding, British Museum
    à dr. : Paire de gants de soie tricotés, probablement espagnols
    Museum of Fine Arts, Boston

    Jusqu’au XIVe siècle, le gant de parure est le plus souvent en fil de soie et brodé. C’est un gant fin tricoté à cinq doigts. À la Renaissance, les doigts s’arrondissent, le gant se pare de larges manchettes de tissu de soie façonné ou brodé, qu’on appelle crispins. On rebrode parfois le dos de la main, et même les doigts. Dans Le Roman de la Rose, la Dame porte des gants de fil blanc, qui symbolisent ses mains blanches et propres et signifient son appartenance sociale (cela durera jusque dans les années 1960 ; on verra même, au XIXe siècle, les enfants de la bonne société jouer dans les bacs à sable, gantés de blanc).

     

    Ces gants de tricot fin bien ajustés protègent efficacement les mains du froid et arrivent à concurrencer la nouvelle mode des gants de peau, le plus souvent en chevreau, qu’on parfume à partir de 1533 – arrivée à la cour avec Catherine de Médicis. Ce ne sont pas les mêmes confréries qui confectionnent les gants de peau et les gants tricotés. Dans les inventaires des biens et dans les statuts des corporations de tricoteurs, on trouve aussi la trace de gants d’hommes et de femmes et d’enfants de meilleur marché, en laine ou en soie, à un seul doigt.

     

     

     

    ▲à g. et à dr. : Chausses tricotées, XIVe siècle
    Bayerisches Nationalmuseum, Münich
    au centre : Examen d’un patient, extrait du
    Liber notabilium Philippi Septimi, francorum regis, a libris Galieni extractus
    Guy de Pavie, 1345, École italienne, XIVe siècle, Musée Condé, Chantilly

     

     

    ▲à g. : Le Triomphe de Mardochée (détail), gravé par Lucas van Leyden, 1515
    sur Calisphere University of California
    à dr. : Boulevart en laine tricotée, XVe siècle
    Staatliche Kunstsammlungen Historisches Museum, Dresde
    Le boulevart est un court haut de chausses rattaché à la ceinture,
    il couvre seulement l’enfourchure et le haut des cuisses ;
    porté pendant la seconde moitié du XVe, sa mention dans les textes et les exemples sont rares.
    Celui-ci, en tricot, qui s’inspire de la mode des crevés est d’autant plus une curiosité.

    L’autre production des artisans tricoteurs, ce sont les bas tricotés, qui entrent en revanche en usage assez tard. On appelle encore chausses ces vêtements du bas du corps, ancêtre des chaussettes et bas. Vers le VIIe siècle, elles sont courtes et couvrent juste le pied et la jambe. Avec la mode du XIVe siècle, qui voit le costume masculin considérablement raccourcir, elles forment deux tubes de toile parfois séparés, parfois fermés et cousus – pour répondre aux virulentes critiques de « déshonnesteté ». Elles remontent jusqu’au haut des cuisses et même à la taille, et s’attachent au bas du pourpoint à l’aide d’aiguillettes. Au XVIe siècle elles se divisent en hauts et bas de chausses : à partir de cette époque le terme chausses désigne le haut de chausses – qui se transformera bien plus tard en culotte, puis en pantalon ; le bas de chausses deviendra juste le bas.

     

     

     

    ▲à g. : Portrait présumé de Henri IV enfant, École française, vers 1555
    Musée de Pau sur Agence photographique de la RMN
    à dr. : Bas de soie tricotée pour enfant, fin du XVIe siècle
    sur Deutsches Strumpfmuseum

     

     

    ▲à g. : Le Jardin de la noblesse française, Gentilhomme tirant l'épée
    gravé par Abraham Bosse d'après Jean de Saint-Igny, 1629
    sur Expositions BnF
    à dr. : Bas de chausses tricotés, à porter dans les bottes, Angleterre, 1640
    Victoria & Albert Museum, Londres

     

     

    ▲Bas en lin écru pour homme, Angleterre, vers 1660-1670
    Victoria & Albert Museum, Londres
    Ce bas n’est pas tricoté mais tissé et cousu, bien que les bas tricotés
    soient déjà couramment portés à cette époque ;
    on trouve que la coupe en biais sur mesure galbe mieux la jambe.

     

     

    ▲Bas et chaussettes tricotés en coton et soie rebrodés pour enfants,
    Museum of Fine Arts, Boston

    Les chausses de toile ou de drap de laine doivent être collantes et bien tirées, aussi sont-elles confectionnées sur mesure ; pour ceux qui n’en ont pas les moyens, elles sont formées de bandes de tissu enroulées autour de la jambe qu’on maintient comme on peut. Même taillées en biais dans le tissu c’est nettement moins adaptable que les articles en tricot de laine ou de soie, pourtant ce n’est qu’au cours du XVe et du XVIe siècles, que les chausses tricotées vont remplacer le tissu, au moins dans les classes sociales supérieures. Jusqu’au XVIIe siècle, on tricote à la main, aux aiguilles, en coton, en laine, et même dans des mélanges, de grandes quantités de bas pour hommes, femmes et enfants, unicolores ou façonnés.

     

     

     

    ▲à g. : Portrait de Matthäus Schwarz à l’âge de cinq ans quatre mois ; il apprend l’alphabet.
    Banquier d’Augsbourg né en 1497, Matthäus Schwarz fait exécuter à vingt-trois ans
    une série de vignettes le représentant dans tous ses costumes, à tous les âges de sa vie.
    Ils sont regroupés dans le Livre des costumes (Trachtenbuch) conservé à la BnF, Paris
    à dr. : Bonnets en laine tricotée, XVIIe siècle, Rijksmuseum, Amsterdam
    Ils sont plus tardifs que l’image de Matthäus Schwarz, mais les modèles ont peu évolué en un ou deux siècles.

     

     

    ▲à g. : Portrait de Nikolaus Kratzer, par Hans Holbein le Jeune, 1528
    Musée du Louvre sur Wikimedia Commons
    à dr. : Chapeau en laine tricotée et feutrée, Angleterre
    The Metropolitan Museum of Art, New York

    ▲à g. : Le Mariage paysan (détail), par Pieter Bruegel vers 1568

     

    Kunsthistorisches Museum, Vienne
    à dr. : Chapeau en laine tricotée et feutrée rouge pour jeune garçon, Londres
    entre 1500 et 1550, Victoria & Albert Museum, Londres
    La couleur est passée avec le temps. 

     

    Les « coiffures » tricotées sont nombreuses et de formes variées. On trouve bien sûr des bonnets basiques qui se répandent dans toute l’Europe, plus ou moins semblables à ceux d’aujourd’hui, on les porte la nuit ou sous une autre coiffure, heaume ou capuchon. On dit parfois que le béret est inventé en France au cours du XIIIe siècle. Irena Turnau, spécialiste de l’histoire de la bonneterie européenne, regrette qu’il n’existe aucune étude historique sur le chapeau tricoté.

     

     

     

    ▲à g. : L’Homme au chapeau rouge, par Le Titien, 1516
    Musée du Louvre sur Wikipédia
    à dr. : Chapeau en laine tricotée et feutrée, Angleterre, XVe siècle
    Victoria & Albert Museum, Londres

     

     

    ▲à g. : Portrait de Erasme de Rotterdam, par Hans Holbein le Jeune, 1523
    Kunst Museum, Basle (Allemagne) sur Wikimedia Commons
    à dr. : Chapeau en laine tricotée et feutrée, Londres, entre 1500 et 1550
    Victoria & Albert Museum, Londres

     

     

    ▲à g. et à dr. : Portraits de Sir Thomas Southwell, par Hans Holbein le Jeune, 1536 et 1537
    sur Wikimedia Commons
    au centre : Chapeau en laine tricotée et et feutrée, Londres, entre 1500 et 1550
    Victoria & Albert Museum, Londres

    ▲à g. : Portrait d’un écolier de douze ans, par Jan van Scorel, 1531

     

    Musée Boijmans Van Beuningen Rotterdam sur Wikimedia Commons
    à dr. : Chapeau de jeune garçon en laine rouge tricotée et feutrée, Museum of London, Londres.
    La couleur est passée avec le temps, sa bordure ajourée
    est destinée à accueillir des passementeries et décorations. 

     

     

     

    ▲à g. : Chapeau en laine tricotée, XVIe siècle, Rijksmuseum, Amsterdam
    à dr. : Portrait d’un inconnu, par Nicholas Hilliard, 1588
    National Gallery, Londres sur Wikimedia Commons

     

     

    ▲à g. : Les joies du patinage, par Hendrick Avercamp, vers 1630-1634
    Rijksmuseum, Amsterdam
    à dr. : Chapeau en laine tricotée, acheté en Hollande par le tsar Pierre Ier de Russie,
    Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

    Certaines formes de ces bonnets sont très élaborées et forment de véritables chapeaux, comme on peut en voir sur les portraits de Dürer, de Cranach ou de Holbein le Jeune. On les fabrique, au XVIe et au XVIIe siècle, à Strasbourg et autres villes d’Alsace et d’Allemagne méridionale, et aussi en Hollande. On les tricote en fil de laine, car cette matière « prend » particulièrement bien la couleur – souvent rouge ou noire, mais ils peuvent être aussi bleus ou verts, on les foule pour imiter le velours, on les feutre pour les rendre plus raides sur les bords et résistants à l’eau, la technique est répandue. [On peut lire sur Le manteau de ma grand-mère, par Sabine, l’essentiel des techniques de travail de la laine]. Les élégants les agrémentent de passementerie, de plumes ou de broches.

     

    Le tricot, une technique à la fois artisanale et domestique

     

    Les pièces conservées montrent que les tricoteurs médiévaux, qui tricotent en rond, ne pratiquent que la maille endroit, le point jersey envers commence à être utilisé au cours du XVIe siècle, mais uniquement en décoration. On tricote à l’aiguille, jusqu’à quatre et cinq pour les formes compliquées, c’est la qualité des aiguilles autant que la dextérité de l’exécutant qui déterminent un tricot de qualité. En France et en Angleterre on utilise le plus souvent des aiguilles en bois ou en os, en Espagne, de fines aiguilles métalliques. On travaille aussi au crochet. Le tricotage à la main au XVe et XVIe siècle a atteint un niveau élevé dans la plupart des pays européens, tant en termes de qualité que de variété des articles produits : gants, bas, vêtements d’enfants, chemises, caleçons, pantalons, gilets, capuchons…

     

     

     

    ▲à g. et à dr. : Devant et dos d’un gilet tricoté en laine pour enfant,
    Museum of London, Londres
    au centre : Jeux d’enfants, par Pieter Bruegel l’Ancien, vers 1560
    Kunsthistorisches Museum, Vienne

     

     

    ▲Moufles pour enfant en laine, XVIe siècle, Museum of London, Londres
    à dr. : Chaussette en laine tricotée, vers 1650-1700
    Rijksmuseum, Amsterdam
    Ce type d’article populaire est rarement conservé dans les musées.

    Outre ces productions artisanales des tricoteurs de métier, souvent de grande qualité, et réservées à la soie, tricoter à la main des vêtements utilitaires est une pratique courante à la campagne, où on a facilement accès à la laine. Le tricot devient au XVIe siècle, dans certaines régions, une activité non négligeable de revenu complémentaire pour les familles pauvres. En production dite domestique, les petites pièces d’usage courant pour bébés et enfants sont fréquentes, faciles et rapides à réaliser, mais les musées conservent peu de ces pièces modestes, portées jusqu’à l’usure.

     

    Les tapis tricotés et autres chefs-d’œuvre d’ouvriers tricoteurs

     

     

     

    ▲Tapis en laine tricoté à la main, Strasbourg, 1761
    Victoria & Albert Museum, Londres
    Celui-ci est tardif puisqu’il date du XVIIIe siècle, mais de tels tapis
    sont cités dans les statuts de 1607 des tricoteurs de Strasbourg.

    On conserve dans certains musées – plutôt des pays de l’Europe centrale, on suppose que la technique est née en Italie, des pièces de tricot façonné très décoratives, qui rappellent les tapis. Moins coûteux qu’une tapisserie qu’ils remplacent, on les utilise aussi comme dessus de lit ou de table. Ils exigent une grande habileté technique de la part du tricoteur, au point que leur exécution figure une sorte d’examen de passage pour entrer dans certaines corporations.

     

     

     

    ▲Tunique tricotée à la main, en fil de soie et fil d’argent,
    Italie ou Angleterre, vers 1600-1625, Victoria & Albert Museum, Londres

     

     

    ▲Veste tricotée à la main, en fil de soie et fil d’argent, bordure en lin,
    vers 1625-1650, Victoria & Albert Museum, Londres

     

     

    ▲à g. : Veste pour femme tricotée à la main, en fil de soie et fil d’argent, non montée, envers et endroit,
    Italie ou Angleterre, vers 1600-1625, Victoria & Albert Museum, Londres
    à dr. : Portrait de jeune femme, par Lucas Cranach l’Ancien,
    Galerie des Offices, Florence sur Artrenewal
    Le tricot, qui n’est porté qu’en vêtement d’intérieur,
    reprend les couleurs et les motifs de la mode.

    Ainsi les tricoteurs à façon qui désirent entrer dans la guilde de Strasbourg doivent-ils produire un chapeau, une veste de laine, une paire de gants à doigts et un tapis tricoté à motif floral. On peut considérer ces pièces comme des chefs-d’œuvre de compagnons. Dans la réalité, une seule personne tricote rarement une pièce dans sa totalité, les différents morceaux sont confiés à plusieurs tricoteurs selon leur habileté, qui répètent chacun le même morceau, sous la direction du maître.

    La mécanisation du tricot des bas et chaussettes du XVIIe siècle

     

     

     

    ▲à g. : Machine à tricoter de William Lee, fin XVIe, début XVIIe siècle
    à dr. : Planche « Bonnetier » de L’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, 1751-1772
    sur Wikipédia

    Le rendement trop faible du tricotage à la main pour répondre à la demande croissante va imposer la mécanisation. William Lee, un vicaire de Calverton, près de Nottinghamshire, invente en 1589 la machine à tricoter les bas et chaussettes. On raconte que l’idée lui est venue pour aider son épouse, qui pratique le tricotage professionnel à la main. D’un seul coup de main, on peut tricoter un bien plus grand nombre de mailles. Lee a du mal à imposer sa machine, qui n’est brevetée qu’en 1599, ne trouve son succès que via la France de Henri IV – elle sera pourtant à la base du développement considérable des premières manufactures de bonneterie anglaises. Celles-ci défendent jalousement leurs savoir-faire et technique, jusqu’à ce que Jean Hindret s’en empare, sur ordre de Colbert, pour fonder en 1656 la première manufacture de bas de soie au métier de France, au Château de Madrid à Neuilly-sur-Seine ; elle compte soixante-dix-neuf compagnons en 1672.

     

    On va désormais marquer la différence entre les produits manufacturés et les « ouvrages de dames », même si les modèles des uns et des autres restent longtemps très proches. Dans les prochains articles, je délaisserai les premiers – dont les conséquences économiques et sociales vont pourtant influencer la mode, pour ne m’intéresser qu’aux seconds. A suivre, donc…

      

    SOURCES : superbe blog "Les petites mains"

    http://les8petites8mains.blogspot.com/2010/11/histoire-du-tricot-du-xive-au-debut-du.html

     

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  •  

    Peut-être l’aurez-vous déjà remarqué dans la page de liens ci-contre, Les Petites Mains ne peuvent que soutenir un concept comme Golden Hook, qui lie mode, tradition d’un savoir faire de qualité et relation intergénérationnelle. Ce site, lancé il y a deux ans par Jérémy Emsellem, propose en effet de faire tricoter vos bonnets et écharpes par des grands-mères. Pour ceux qui veulent se lancer eux-mêmes dans le tricotage, les grands-mères de Golden Hook donnent des cours particuliers jusqu’au 23 octobre au BHV Rivoli à Paris. Mais Les Petites Mains, c’est à la fois la tête et les mains ! Aussi, pour vous cultiver en tricotant – ou tricoter en vous cultivant, voici une Petite Histoire du Tricot en plusieurs épisodes.

    Je dédie cette série d’articles à deux des lectrices tricoteuses de la première heure des Petites Mains, Marie-Françoise et Marie-Pierre.

    Nålbinding ou tricot ?

    Il n’est vraiment pas facile de se lancer dans une histoire du tricot. Peu de livres ou de publications existent sur le sujet. Les fragments et éléments anciens des musées, extrêmement fragiles, sont moins nombreux que ceux du tissage, qui lui sont antérieurs ; si la pointe aiguë de l’aiguille à coudre ne laisse guère de doute quant à son usage, il n’en est pas de même pour l’aiguille à tricoter – appelée petite trique ou tricot au XVIe siècle, d’où le nom donné à la technique, l’aiguille est alors en bois. On constate aussi que si des légendes existent de déesses et héroïnes antiques qui comme Arachné ou Pénélope tissent, on n’en connaît aucune qui tricote. La Bible rapporte une robe tricotée du Christ et il existe d’autres mentions écrites de vêtements tricotés, on dira donc avec prudence que les premiers tricots datent du début de notre ère. Car les historiens eux-mêmes s’interrogent sur ce qu’il convient d’appeler « tricot » ou non !

     

     

    ▲Paire de chaussettes de laine (nålbinding), vers 300-500, Égypte, Victoria & Albert Museum Londres
    Séparant les orteils, elles devaient être portées avec des sandales.

     

    ▲Chaussette viking (nålbinding) des fouilles de Coppergate, York Archeological Truste, York [en viking : Jorvik]

    En effet, les trouvailles archéologiques les plus anciennes auraient été faussement considérées comme du tricot, alors qu’elles sont réalisées en nålbinding. Ce nom viking désigne un tissu structuré en spirale, dont l’élasticité ou la rigidité dépend du point et de la largeur du matériel utilisé. La technique du nålbinding est pratiquée par les Romains, les Égyptiens et divers peuples des pays d’Europe du Nord et de l’Est aux environs du IVe siècle. Certains historiens du textile le considèrent comme l’ancêtre du crochet et du tricot. [En anglais, il est traduit par : knotless netting, needle looping ou encore single needle knitting]. Cette technique permet la formation de boucles entrelacées, le plus souvent torses, à l'aide d'une aiguille à chas et d'un fil ; en général, le travail est circulaire.

    La naissance du tricot

    Comme la technique du tissage s’est développée sur le modèle de la vannerie et du tressage, le tricot prend modèle de la maille des filets, connue au moins vers 1500 avant notre ère. On parle alors de technique sprang – qui permet de fabriquer une sorte de filet avec des fils tendus sur un cadre à tisser rudimentaire et torsadés entre eux ; le chaînon exécuté d’un fil continu passe verticalement alors que dans la technique du tricot il est horizontal. Les historiens ont aussi confondu son résultat avec la dentelle résille ou le tricot.

    Selon l’historienne Irena Turnau, on suppose que la technique de transition entre la technique sprang et le tricot est la fabrication de textiles sur châssis pratiquée par les nomades de l’Afrique du Nord. Une des sectes coptes transforme ces châssis en aiguilles mobiles. Plus tard on découvre le même processus au Pérou. Il faut en effet trouver une solution et entrecroiser les techniques pour réaliser certains articles, par exemple pour protéger les doigts du froid.

     

    ▲Chaussette XIIe siècle, probablement trouvée à Fustat, Egypte
    Textile Museum, Washington

     

    ▲Chaussette d’enfant, période musulmane incertaine entre XIe et XVe siècles,
    probablement trouvée à Fustat, Égypte, Textile Museum, Washington
    On peut trouver les explications détaillées (en anglais) pour réaliser une copie de ces chaussettes
    sur le site de Anahita al-Qurtubiyya Visitez aussi sa page Medieval Muslim Knitting

    Pour certains historiens, les plus anciens vestiges de pièces de tricot, au sens propre du terme – c’est-à-dire le résultat d’un même fil enroulé sur lui-même en boucles, appelées mailles, à l’aide de plusieurs aiguilles et qui donne un tissu extensible – se composent de chaussettes, ou plus exactement de fragments de chaussettes coptes trouvées en Égypte, entre le XIe et le XIIIe siècles. Ce sont des pièces fines, le plus souvent dans des tons de coton blanc et indigo, peut-être « tricotées » à l’aide de plusieurs aiguilles, peut-être à l’aide d'une aiguille et des doigts de la main gauche, il est en effet difficile de savoir si elles ont été réalisés à plat ou en rond. Selon Irena Turnau, on ne peut pas affirmer qu'elles ont été tricotées sur plusieurs aiguilles, le même résultat pouvant être obtenu au moyen du nålbinding. Il faudrait une trouvaille archéologique associant articles tricotés et aiguilles pour le prouver.

    Si c’est du tricot, vu la qualité du travail réalisé, la variété et la complexité des motifs décoratifs, on se dit que la technique pourrait être en effet plus ancienne, vraisemblablement aux premiers siècles de notre ère. La provenance exacte et la difficulté de datation de ces chaussettes à un ou deux siècles près, comme d’ailleurs tout ce qui concerne l’art copte est le fait du manque de rigueur des fouilles archéologiques à l’origine de leur découverte.

    Le tricot se diffuse en Europe

    La technique du tricot, due donc probablement aux Coptes, gagne les pays du monde islamique via les conquêtes des Arabes : la Syrie en 632, Jérusalem en 635 – ce qui va provoquer les Croisades, l'Égypte en 640, le Maghreb en 647 ; ils montent ensuite vers le Portugal et l'Espagne en 711, la Sicile en 720, la France où comme chacun sait ils sont arrêtés à Poitiers en 732, les Maures restent en Espagne jusqu'en 1492.

     

    ▲à g : Gants liturgiques épiscopaux dits de Saint Rémy, en soie blanche tricotée ;
    ils comportent une plaque circulaire d'argent ciselé et doré cousue en son centre,
    abbaye basilique Saint-Sernin sur Culture.fr
    à dr. : Gant liturgique, en soie, or et cuir, cathédrale de Rodez, XVIe siècle - début XVIIe,
    photographie Musée Fenaille - Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron sur Musées de Midi-Pyrénées

     

     

    ▲Paire de gants liturgiques épiscopaux, en soie et bande d’argent, tricotés main,
    Espagne, XVIe siècle, Victoria & Albert Museum, Londres

    On admet qu’au Xe siècle, le tricot s’est répandu dans toute l'Europe. Toujours selon Irène Turnau, l’unification culturelle des pays chrétiens va participer à sa diffusion dans les pays européens. Religieuses et artisans tricotent pour les églises. Le développement du tricot est accéléré par des prescriptions liturgiques qui apparaissent en 785. Elles imposent aux évêques et prêtres de porter, pendant la consécration du pain et du vin pendant la messe, des gants non cousus, bien ajustés aux doigts. Ils sont d’abord tricotés en soie naturelle ou blanche, puis colorée, souvent en rouge, jamais en noir. Les premières mentions de gants liturgiques spécifiques datent du Xe siècle ; les plus anciens qui nous sont parvenus en France sont conservés à la basilique Saint-Sernin à Toulouse, ils datent du XIIIe siècle et témoignent du haut niveau technique de tricotage à la main de l’artisan bonnetier qui les a réalisés.

     

    ▲Chausses et souliers dits de Saint Germain, abbé de Moutiers-Grandval,
    près de Délémont (Suisse), photo Musée jurassien, Délémont,
    dans Histoire du Costume de François Boucher p. 159.

    Ces gants liturgiques sont conservés dans les trésors des églises et des cathédrales du bas Moyen Âge, ils sont mentionnés dans les textes dès le IXe siècle. On y trouve aussi de nombreuses bourses et petits sacs tricotés en rond et en jacquard avec des fils de soie pour déplacer et accueillir les reliques de saints. En Suisse sont conservés des bas et jambières tricotés entre le VIIe et le IXe siècle.

     

    ▲Housse de coussin mortuaire de Fernando de la Cerda (1255-1275)
    monastère Santa María la Real de Huelgas, près de Burgos (Espagne), vers 1275 sur L'Ost du Dauphin
    On peut voir une reconstitution de ce motif sur le site de Susanna von Schweissguth

    On ne manque pas de citer aussi les housses de coussins tricotées, datant des XIIe et XIIIe siècles, provenant des tombes royales du monastère Santa María la Real de Huelgas, fondé par le roi Alphonse VI de León et de Castille pour abriter le mausolée de sa famille. Le plus ancien, pourpre, or et blanc, entièrement tricoté au fil de soie et point jersey très serré (80 mailles pour 10 centimètres carrés), placé sous la tête du prince Fernando de la Cerda, mort à vingt ans en 1275 est intact. Les motifs en jacquard à fils tirés représentent des fleurs de lys et des aigles encastrés dans des losanges sur une face, des châteaux à trois tours (ceux qui ont donné leur nom à la Castille) et des rosettes dans des octogones sur l'autre face. Il est bordé de glands verts un peu abîmés aux quatre coins et d’une lisière où se répète le mot barakah [en arabe : bénédiction], cette inscription atteste l’origine arabe de ces coussins.

     

     

     

    ▲Vierge tricotant une petite robe pour l’enfant Jésus avec quatre aiguilles,
    par le Maître Bertam von Minden,
    volet droit du retable de l’autel de la Sainte Vierge à l’église de Buxtehude (Allemagne)
    vers 1400-1410, sur Wikimedia Commons
    Tricoter avec quatre aiguilles n’est pas courant en Allemagne à cette époque,
    Maître Bertam a séjourné en Italie avant de réaliser ce retable,
    il y a vraisemblablement découvert cette méthode.

    Dès le XIVe siècle, la technique du tricot s’est fortement répandue en Europe du Sud et dans certaines villes allemandes autour de la Baltique. La peinture la montre avec précision en représentant des madones dites « au tricot ». Le tricot se fait en rond, sur un jeu de quatre ou cinq aiguilles, probablement métalliques, non crochetées, tenues par les paumes, le fil dans la main droite. De fait les tricoteurs utilisent alors de deux à cinq aiguilles pour tricoter des fils de coton, de soie ou de laine, ils pratiquent déjà le jacquard.

    Parallèlement à cette évolution de la technique dans l’Europe méridionale, vers le Xe siècle, colportée par les envahisseurs normands, l’usage de tricots en grosse laine, exécutés au crochet ou sur de grosses aiguilles en os ou en bois, s’est introduit dans le Nord de l’Europe : Norvège, Finlande, Islande, îles anglo-normandes et plus généralement toutes les régions de culture celte. Des fouilles archéologiques en Lettonie, Pologne et certains pays scandinaves l’attestent.

    Ce sont donc l’expansion de l’Islam, les invasions normandes, les Croisades, le commerce et les conquêtes qui permettent la diffusion de la technique du tricot. On raconte que les marins espagnols de l’Invincible Armada, naufragés sur les côtes des Îles Orcades et des Îles Shetland en 1588, auraient enseigné l'art du tricot aux pêcheurs autochtones. On dit aussi que les Conquistadores auraient appris à tricoter à l'Amérique du Sud, hypothèse aujourd’hui remise en question. L’histoire du tricot se construit au fur et à mesure des trouvailles et solutions techniques individuelles et locales, elle se prête mal aux généralisations. A chaque fois, le tricot s’enrichit des cultures et des traditions des peuples qui le découvrent.

    (à suivre : Histoire du tricot (2), du XIVe au début du XVIIe siècle)

      

      

    SOURCES : superbe blog de "Les petites mains"

     http://les8petites8mains.blogspot.com/2010/10/histoire-du-tricot-origines-1.html

     

     

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