• Le 24e Festival international de l'image institutionnelle et corporate du Creusot a décerné le 17 juin 2011 le Grand Prix Auguste Lumière au film « Be Linen » de la Confédération Européenne du Lin et du Chanvre (CELC Masters of Linen).

    « Be Linen », réalisé par Benoit Millot, produit par Goodideas, a été financé dans le cadre du programme européen pour la promotion de la culture et du travail du lin, fibre 100% européenne, programme auquel contribuent l’Union européenne et l’État français. Très «fleur bleue», Les Petites Mains se font volontiers le relais de ce beau film sur la filière textile de l’après-pétrole, qui montre des travailleurs hautement qualifiés, amoureux de leur métier.

     

    source : bmillotsur dailymotion [15 mn 33]

    Le lin, plus vieux textile du monde

     

    ▲Travaux dans les champs, tombe de Sennedjem, XIXe dynastie,
    règnes de Séthi Ier (1294-1279 av. J.-C) et de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C)
    sur bubastis.be Sur la troisième bande, on peut voir la culture du lin.

     

    ▲à g. : Tombe de Neferrenpet : Neferrenpet et son épouse Moutemounia, XIXe dynastie,
    règnes de (1294-1279 av. J.-C) et de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C) sur Passion égyptienne
    à dr. : Tunique en lin plissé, 2033-1710 av. J.-C, Musée du Louvre
    Pour conserver les plis des pagnes et des tuniques sans qu'ils ne se froissent, les Égyptiens trempaient
    les vêtements dans un liquide spécial et les laissaient sécher au soleil sur un moule à plis.

     

    ▲à g. : Serviette ou essuie-main, damas de Pérouse, XVe siècle
    Musée national du Moyen Âge - Thermes de Cluny, Paris sur Agence photographique de la RMN
    Ce type de linge en lin, originaire d’Italie, est utilisé au XVe siècle à la fois à usage ecclésiastique,
    comme revêtement d’autel et serviette de sacristie, et à usage domestique en linge de table.
    à dr. : La Cène, par Marco d'Oggiono, d’après Léonard de Vinci, XVIe siècle
    Musée du Louvre sur Agence photographique de la RMN

    Les origines du lin sont lointaines, les historiens les situent en Haute Asie, vers 8 000 ans avant J.C. Le lin se propage en Inde, en Chine et vers l´ouest en Égypte (le coton n’y est introduit qu’au Ve siècle), et bien plus tard en Europe. Des représentations datant de 5 000 ans av. J.C. montrent les cérémonies de la récolte et de la transformation du lin en Égypte : semage, fauchage, rouissage, teillage, etc. Dans la mythologie égyptienne, Isis crée le lin pour confectionner les vêtements mortuaires d’Osiris. À partir du lin, les Égyptiens confectionnent des vêtements, des tissus et bandages funéraires, des voiles, cordages et filets pour les bateaux. Les graines sont utilisées en alimentation.

    Les Hébreux perpétuent la tradition du lin en Israël. Dans la Génèse, Jacob offre une tunique de lin à son fils préféré Joseph le jour de ses 17 ans, qui va entraîner la jalousie de ses demi-frères, il sera vendu comme esclave en Égypte. Le Tabernacle hébreu est recouvert d’une grande toile de lin blanc et tendu de dix voiles de lin fin. Le Christianisme va reprendre cette symbolique : les autels sont recouverts de lin en souvenir du voile de lin dont s’est servi Sainte Véronique pour essuyer le visage du Christ.

    Le lin, symbole de pureté et d’hygiène

     

    ▲Momie de Nésy-Khonsou-pa-khéred, corps momifié ceint de bandelettes de lin,
    approx. entre 1085 et 730 av. J.-C,
    Museum d'Histoire Naturelle, Cherbourg sur Base Joconde

     

    Codex Vindobonensis, series nova 2644 : Les vêtements de lin,
    Tacuinum sanitatis (Tableau de santé), École italienne, 1370-1400
    Bibliothèque nationale d’Autriche, Vienne sur Agence photographique de la RMN

     

    ▲à g. : Portrait de femme, par Giovan Francesco Caroto, XVIe siècle
    Musée du Louvre sur Agence photographique de la RMN
    à dr. : Blouse en lin rebrodé de soie pour femme, XVIe siècle
    The Metropolitan Museum of Art, New York

    La résistance de la tige du lin aux intempéries, la qualité quasi imputrescible de sa fibre épargnée par la vermine, et la couleur d´un blanc éclatant que l´on obtient du lin blanchi sont sans doute à l’origine de la symbolique de pureté divine que confèrent les Égyptiens au lin. Hérode observe que les Égyptiens « ne font pas entrer la laine à l’intérieur des lieux sacrés », ils n'en portent qu'en cas de froid. Même les perruques des femmes sont souvent faites de fils de lin teints et tressés. La toile de lin est le matériau des bandes qui enveloppent les momies, c’est aussi celui des vêtements de culte des prêtres.

    Grecs et Romains adoptent le lin. Dans les Métamorphoses d’Ovide, la déesse Isis est dénommée « dea linigera » [déesse du lin] ; les « linigeri » sont les prêtres du culte d’Isis dans la Rome antique, origine qui aboutira au mot « linge ». C’est grâce aux Phéniciens qui l’achètent en Égypte pour le revendre que le lin arrive en Irlande, en Angleterre et en Bretagne.

    Au XIe siècle on redécouvre au lin des vertus hygiéniques. On s’aperçoit que son utilisation favorise la guérison des lésions de la peau, notamment la lèpre. À la Renaissance, dans les classe favorisées, se développe avec la notion d’hygiène un mode de vie plus raffiné. On donne plus d’importance à son linge et à sa toilette – le mot dérive de « thieulette », un lin léger utilisé pour confectionner les draps et les chemises.

    La culture et l’artisanat du lin en France et en Europe

     

    ▲Tapisserie de Bayeux : à la bataille d’Hastings, le 14 octobre 1066,
    Guillaume le Conquérant défait son compétiteur Harold, les Anglais fuient devant les Normands.
    toile de lin brodée, XIe siècle, sur Wikimedia Commons

     

    ▲Mois grotesques ou arabesques, le mois de novembre, Diane (détail),
    tapisserie de la Manufacture des Gobelins d’après Romano Giulio, 1687-1688
    Musée national du château de Pau sur Agence photographique de la RMN
    Après l’arrachage et le rouissage (pourrissage et séchage au soleil) du lin, ce détail montre
    le teillage du lin : le broyage casse et écrase les tiges pour séparer le bois des fibres,
    puis le battage nettoie les fibres longues (filasses) des déchets de bois (anas)
    et des fibres courtes (étoupes). La filasse sera transformée en fil.
    On voit ici la braye, on utilise aussi pour le teillage la planche à pesseler et les peignes.
    Dans la seconde moitié du XIXe siècle, cette étape est mécanisée dans des moulins à teillage.

    Des textes, notamment ceux, très précis et détaillés de Pline l’Ancien (Ier siècle av. J.-C), attestent de la culture du lin en Gaule, mais c’est Charlemagne qui encourage le travail domestique du lin dans les maisons. À partir du XIe siècle l’artisanat du lin en Europe se généralise, la tapisserie de Bayeux en est l’illustration la plus célèbre. Au XIIIe siècle, la culture du lin se développe dans les Flandres, la Bretagne et l’Anjou.

    Il existe plusieurs qualités de tissus de lin : le gros lin au toucher rêche du linge de maison ; la grosse toile de coutil à trame serrée des chemises de travail, qu’on double de laine pour qu’elles ne grattent pas ; le fin cainsil des chemises élégantes et les voiles féminins. C'est au début du XIIIe siècle que Baptiste Cambray, un tisserand de la ville de Cambrai (alors petite principauté ecclésiastique du Saint-Empire romain germanique), met au point un procédé permettant de tisser une toile très fine, la batiste [en anglais : cambric].

    Le succès des toiles du Cambrésis atteint l’Italie, l'Espagne, la Flandre, les Pays-Bas, l'Angleterre et la France. À la fin du XVIe siècle, Henri IV, qui tente de limiter la consommation d’articles de luxe par des lois somptuaires, autorise l'entrée en France de dix mille « toilettes de Cambray » par an. Au XVIIe siècle, Colbert fait venir de Flandre des tisserands spécialisés et favorise la création de filatures et de manufactures françaises de toile fine et de dentelles.

    La toile de lin est un objet de commerce conséquent, de grande valeur, qui entre dans la fabrication des toiles fines de Cambrai, des toiles à voiles d'Abbeville, des toiles dites «Bretagne superfine», des toiles blanches ou imprimées d'Alsace, des dentelles comme celles au point d’Alençon, des blouses et mouchoirs, des fils à coudre de Lille... tout est en lin. Lorsqu’aucune précision n’est apportée, le mot « toile » désigne toujours la toile de lin ou de chanvre.

     

    ▲Bonnet dit de Charles Quint en lin brodé, vers 1550,
    Musée de la Renaissance, Écouen sur Agence photographique de la RMN

     

    ▲à g. : Nappe en lin damassé, France ou Belgique, vers 1625-1675
    Victoria & Albert Museum, Londres
    à dr. : Le déjeuner de chasse (détail), Jean François de Troy, 1737
    Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN

     

    ▲à g. : Portrait de Margaret ('Peg') Woffington, actrice, par Jean Baptiste Van Loo, vers 1738
    Victoria & Albert Museum, Londres
    à dr. : Engageantes en dentelle de lin, Europe, XVIIIe siècle,
    The Metropolitan Museum of Art, New York

     

    ▲Le même motif de dentelle réalisé en lin (haut gauche),
    en soie (haut droite), en coton (bas gauche) et en laine (bas droite)
    Echantillons photographiés à la Cité internationale de la dentelle et de la mode, Calais

     

    ▲Pantalon de lingerie en batiste pour fillette, Angleterre, vers 1800
    Victoria & Albert Museum, Londres

     

    ▲Chemise en toile de lin avec dentelle au col, XIXe siècle
    Musée des Ursulines, Mâcon sur Base Joconde

    En France, la culture et l’artisanat du lin atteignent leur apogée au XVIIe siècle. Les techniques de culture, le travail des fibres, le filage et parfois même le tissage se pratiquent toujours à la ferme, elles évoluent peu jusqu'au XVIIIe siècle. Les surfaces cultivées atteignent alors 300 000 hectares ; un hectare de lin donne 2500 kilos de paille et 625 kilos de fibre. Environ quatre millions d'ouvriers français vivent du lin.

    Au XIXe siècle la filature et le tissage entrent dans l’ère de l’industrialisation. Le teillage du lin se fait mécaniquement dans des moulins à teillage. En 1801, Marie-Joseph Jacquard invente le métier à tisser semi-automatique qui porte son nom. En 1817, Philippe de Girard dépose un brevet pour la première machine à filer le lin. Les petites productions de lin des fermes ne conviennent plus aux manufactures, les surfaces de lin chutent sensiblement, car le travail est difficile et pénible. L’utilisation intensive du coton au cours du XIXe siècle, l’arrivée des textiles synthétiques au XXe siècle, l’augmentation constante du coût du travail manuel vont provoquer le déclin progressif du lin. Ni la mécanisation agricole, ni les nouvelles créations variétales de la plante, ni le perfectionnement du teillage ne vont ramener le lin à sa prospérité d’antan.

    Pour en savoir plus sur ce déclin, on peut regarder sur le site de l’INA, Le dernier teilleur de lin, qui montre François Moullec, à Saint Laurent de Begard (Côtes d'Armor), reportage du 17 mai 1978 – 12 minutes 05.

     

    ▲Champs de lin, Vallée de la Durecler, Seine-Maritime, photographie René Jacques, 1955
    Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, Paris sur Agence photographique de la RMN

    Mais la donne pourrait changer. Matière noble et naturelle, à la fois solide, brillante, légère et fraîche, le lin est apprécié pour les vêtements d’été. Il se froisse, certes, mais avec élégance. On l’utilise parfois en mélange avec d’autres fibres. Comme le coton, on peut le merceriser, le glacer, l’apprêter… C’est traditionnellement la matière du linge de table et de maison de belle qualité. Entièrement biodégradable et recyclable, le lin ne produit aucun déchet, toutes ses parties sont utilisables ou consommables.

     

    Le lin est cultivé depuis l’Antiquité dans le Bassin méditerranéen, il fait partie de nos traditions et de notre patrimoine. L’Europe est le premier producteur de lin du monde, France en tête, avec deux tiers de la production mondiale. Le lin français, reconnu comme le meilleur au monde, est vendu dans toutes les zones de production, y compris en Chine, car sa transformation coûte cher. Le lin normand - soit 60 % de la production française, 45 % de la production européenne transformée, bénéficie d’une excellente renommée mondiale, du fait de sa longueur, sa finesse, sa résistance et sa couleur qui en font sa grande qualité. La filière linière est aujourd’hui à la pointe de l’innovation. Entre savoir-faire, héritage et modernité, on peut affirmer que le lin a toutes les qualités pour devenir la fibre de demain.

    En ces dernières chaudes journées d’été, pas d’hésitation : vivez en lin !
     
    SOURCES : MERVEILLEUX BLOG de "Les petites mains"
     
     
     
     
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